Irak: les menaces de sanctions de Trump réveillent le traumatisme de l’embargo

Le président Donald Trump a menacé l'Irak de lourdes sanctions si Bagdad contraignait les militaires américains à partir. De quoi rappeler aux Irakiens l'embargo imposé à la suite de la guerre du Koweit en 1990.

La peur domine en Irak, trois jours après l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani à Bagdad par une frappe de drone américaine. La population craint un nouveau conflit et ses conséquences, qu'elles soient militaires ou désormais économiques. Dimanche, après la demande du Parlement d'expulser les 5 200 soldats américains présents dans le pays, Donald Trump a prévenu : « s'ils nous demandent effectivement de partir, si nous ne le faisons pas sur une base très amicale, nous leur imposerons des sanctions comme ils n'en ont jamais vu auparavant. »

Ces menaces font ressurgir le douloureux souvenir de l'embargo imposé par les États-Unis à l'Irak dans les années 1990 après l'invasion du Koweït par l'armée de Saddam Hussein. Certains habitants parlent de cette période comme de la pire qu'ils aient connue, rapporte notre correspondante à Bagdad, Lucile Wasserman. Pire que les guerres ou le terrorisme, auxquels ils ont dû faire face ces dernières décennies. Beaucoup se souviennent aujourd'hui de la faim qui les rongeait lors de ces années noires, ou de l'image de leurs parents essayant de vendre l'ensemble de leurs biens pour un peu de nourriture.

À cause de l'embargo, le PIB irakien a été divisé par deux et des dizaines d'usines ont fermé. Le pays compte désormais 40 millions d'habitants, un parc automobile multiplié par dix, des téléphones portables et des ordinateurs dans toutes les maisons, ce qui a fait exploser la consommation, note l'Agence France-Presse. Les conséquences de sanctions économiques seraient donc aujourd'hui bien plus graves, assurent les observateurs.

Pour les Irakiens, les sanctions américaines ne puniraient pas la classe politique, mais seulement, une fois encore, la population, impuissante face à l'engrenage en cours entre les États-Unis et l'Iran. Donald Trump a justifié ses avertissements en rappelant l'investissement colossal déployé par les États-Unis en Irak. « Nous ne partirons pas s'ils ne nous remboursent pas », a prévenu le président américain.