Irak : Moqtada al-Sadr quitte la scène politique, violences meurtrières à Bagdad

© Alaa Al-Marjani, Reuters

Le leader chiite Moqtada al-Sadr a déclaré, lundi, quitter la vie politique irakienne, alors que le pays est sans gouvernement depuis les législatives d'octobre. Les sadristes ont réagi en prenant d'assaut le palais de la République et un couvre-feu a été décrété à Bagdad. Quinze personnes ont été tuées dans la Zone verte ultra-sécurisée de la capitale et 350 autres ont été blessées, selon des sources médicales.

Le leader chiite irakien Moqtada al-Sadr, pilier de la scène politique, a annoncé, lundi 29 août, son "retrait définitif" de la politique et la fermeture de toutes les institutions liées à son mouvement, alors que l'Irak est plongé dans une grave crise de gouvernance.

"J'avais décidé de ne pas m'immiscer dans les affaires politiques. J'annonce donc maintenant mon retrait définitif et la fermeture de toutes les institutions à l'exception du Mausolée sacré (de son père Mohammed al-Sadr mort en 1999, NDLR), du Musée d'honneur et de l'Autorité du patrimoine Al-Sadr", a écrit Moqtada al-Sadr sur Twitter.

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Le clerc chiite, habitué des coups d'éclat, a fait cette annonce au moment où l'Irak est embourbé dans une profonde crise politique depuis les législatives d'octobre 2021.

L'Irak, riche en pétrole mais accablé par une grave crise économique et sociale, n'a toujours pas de nouveau Premier ministre, ni de nouveau gouvernement, les forces chiites n'arrivant pas à se mettre d'accord sur leur mode de désignation.

Couvre-feu à Bagad, le palais de la République pris d'assaut

Par crainte de débordements, l'armée irakienne a décrété un couvre-feu à partir de 12 h 30 GMT à Bagdad, alors que des partisans de Moqtada Sadr envahissaient le palais de la République, un bâtiment gouvernemental, après que le leader chiite a annoncé son "retrait" de la politique. Quinze de ses partisans ont été tués dans la Zone verte de Bagdad et 350 autres ont été blessés, selon un nouveau bilan fourni dans la soirée par des sources médicales à l'AFP.

Les sympathisants du chef religieux et politique "sont entrés dans le palais de la République", situé dans l'ultra-sécurisée Zone Verte dont les accès ont été fermés, a indiqué une source de sécurité sous couvert de l'anonymat.

Alors que les sadristes investissaient les bureaux, s'installant dans des fauteuils, sautant dans la piscine ou prenant des selfies, les forces de l'ordre tentaient de disperser d'autres manifestants à coups de grenades lacrymogènes aux entrées de la Zone Verte, qui abrite les sièges des institutions et l'ambassade américaine, a affirmé une source de sécurité à l'AFP.

Tard dans la soirée, des tirs nourris d'armes automatiques et des explosions se faisaient entendre depuis ce périmètre ultra-sécurisé. Selon une source sécuritaire, les Brigades de la paix, un groupe armé aux ordres de Moqtada Sadr, visaient la Zone Verte depuis l'extérieur. À l'intérieur se trouvaient des forces spéciales de l'armée et une unité du Hachd al-Chaabi, d'ex-paramilitaires pro-Iran intégrés aux forces irakiennes, qui répliquaient. La Zone Verte était notamment visée par des obus de mortier, dont au moins sept sont tombés dans ce périmètre, a poursuivi cette source.

Appel au calme

À Washington, la Maison Blanche a jugé la situation "inquiétante" et appelé au calme et au dialogue. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a, lui, appelé à la "retenue" et demandé à toutes les parties de "prendre des mesures immédiates pour désamorcer la situation".

La France s'est dite "gravement préoccupée" par les troubles, invitant dans un communiqué les parties prenantes "à la plus grande retenue". "La France invite tous les dirigeants politiques irakiens à réaffirmer leur attachement au cadre constitutionnel irakien et à respecter l'intégrité des institutions irakiennes qui doivent fonctionner sans entrave", a dit la porte-parole du Quai d'Orsay. Paris appelle les parties prenantes "à la responsabilité et à cesser immédiatement les affrontements meurtriers", a-t-elle ajouté.

Dans la nuit, le couvre-feu instauré plus tôt dans la journée semblait respecté à Bagdad. Les rues d'ordinaire animées étaient vides de toute voiture ou de tout passant.

Mais le chaos a gagné d'autres régions irakiennes : dans la province de Zi Qar (sud), des sadristes ont envahi le siège du gouvernorat et pénétré dans d'autres bâtiments officiels à Nassiriyah, selon un journaliste de l'AFP. Le siège du gouvernorat de Babylone (centre), dans la ville de Hilla, a également été occupé par des partisans de Moqtada Sadr, ont indiqué des témoins à l'AFP.

Chantre d’une réforme majeure du système politique irakien

Depuis des semaines, Moqtada al-Sadr, auquel des dizaines de milliers d'Irakiens obéissent au doigt et à l'œil, réclamait la dissolution du Parlement et de nouvelles législatives anticipées pour tenter de dénouer la crise. Plus généralement, il exige la "réforme" de fond en comble du système politique irakien et la fin de la "corruption".

Dans le bras de fer qui l'opposait à ses adversaires chiites du Cadre de coordination, alliance de factions pro-Iran, Moqtada al-Sadr avait encore fait monter les enchères depuis fin juillet. Ses partisans occupent les abords du Parlement irakien à Bagdad depuis près d'un mois et, la semaine dernière, ils ont brièvement bloqué l'accès à la plus haute instance judiciaire du pays.

Moqtada al-Sadr, né en 1974, n'a jamais lui-même gouverné depuis la chute de l'ancien dictateur Saddam Hussein en 2003. Mais depuis son fief de la ville sainte de Najaf, son aura religieuse et politique porte dans une partie de la communauté chiite, majoritaire en Irak.

Avec AFP