Irak: Le leader kurde Massoud Barzani confirme son départ

par Raya Jalabi et Maher Chmaytelli
Le président du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) irakien, Massoud Barzani (photo), a confirmé dimanche qu'il quitterait ses fonctions mercredi prochain après la crise déclenchée par le référendum d'indépendance qu'il avait organisé le mois dernier. /Photo prise le 6 juillet 2017/REUTERS/Azad Lashkari

par Raya Jalabi et Maher Chmaytelli

ERBIL, Irak/BAGDAD (Reuters) - Le président du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) irakien, Massoud Barzani, a confirmé dimanche qu'il quitterait ses fonctions mercredi prochain après la crise déclenchée par le référendum d'indépendance qu'il avait organisé le mois dernier.

Dans un discours télévisé au ton amer, prononcé après l'approbation par le parlement du Kurdistan de son souhait de ne pas prolonger son mandat au delà du 1er novembre, Barzani a regretté que personne en dehors du Kurdistan ne soit manifesté pour soutenir le droit des Kurdes à l'autodétermination.

Certains de ses adversaires estiment que le référendum du 25 septembre a obscurci l'avenir des Kurdes en Irak même si une écrasante majorité des votants s'est prononcée en faveur de l'indépendance.

Depuis, le gouvernement de Bagdad a lancé une offensive afin de récupérer des territoires occupés par les Kurdes en dehors du Kurdistan à la faveur de la confusion créée par l'offensive menée par l'Etat islamique en 2014, et notamment la ville pétrolière de Kirkouk, reprise le 16 octobre.

La perte de cette ville multiethnique, considérée par nombre de Kurdes comme leur patrie spirituelle, a été un coup majeur pour le projet d'indépendance du Kurdistan parce que cela a fortement diminué ses recettes pétrolières.

"Je suis le même Massoud Barzani. Je suis un peshmerga (combattant kurde) et je continuerai à aider mon peuple dans sa lutte pour l'indépendance", a déclaré le héraut de l'indépendance kurde depuis près de 40 ans.

"Trois millions de votes pour l'indépendance du Kurdistan ont créé l'Histoire et ne peuvent être effacés", a-t-il ajouté avec en arrière plan, les drapeaux kurde et irakien. "Personne n'a été à nos côtés mis à part nos montagnes."

Massoud Barzani a critiqué les Etats-Unis pour avoir permis que des chars Abrams fournis aux forces irakiennes pour combattre l'Etat islamique soient utilisés contre les Kurdes.


"HAUTE TRAHISON"

"Sans l'aide des peshmergas, les forces irakiennes n'auraient pas pu à elles seules libérer Mossoul de l'Etat islamique", a-t-il déclaré à propos de la grande ville du nord de l'Irak, reprise en juillet dernier par l'armée irakienne grâce à l'aide de nombreux alliés dont les Kurdes. "Pourquoi Washington veut-il punir le Kurdistan?"

"Notre peuple doit se demander si les Etats-Unis étaient au courant de l'offensive irakienne et pourquoi il ne l'ont pas empêchée", a-t-il encore dit.

Il a accusé de "haute trahison" les partisans de son rival kurde Djalal Talabani, décédé début octobre, pour avoir remis sans combat la ville de Kirkouk aux forces irakiennes.

Avant ce discours, le parlement kurde s'était réuni à Erbil, la capitale du Kurdistan. Les députés ont accepté la démission du président par 70 voix pour et 23 contre, selon les chaînes de télévision kurdes Rudaw et Kurdistan 24.

Alors que le parlement était réuni, il a été pris d'assaut par des manifestants munis de bâtons et d'armes à feu. Des tirs ont résonné. Dimanche soir, certains députés s'étaient barricadés dans leur bureau.

A l'extérieur du bâtiment, des manifestants disaient qu'ils voulaient "punir" les députés qu'ils accusaient d'avoir "insulté" Barzani. Certains s'en sont pris aux journalistes.

Un responsable kurde avait dit à Reuters samedi que Barzani avait décidé de renoncer à la présidence sans attendre les élections qui devaient avoir lieu le 1er novembre mais qui sont désormais reportées de huit mois.

Massoud Barzani dirigeait le GRK depuis sa création en 2005. Son second mandat avait expiré en 2013 mais il avait été prorogé sans élections en raison de l'occupation d'une grande partie de l'Irak par l'Etat islamique.

Par ailleurs, l'armée irakienne et les peshmergas ont entamé dimanche une deuxième session de négociations pour résoudre le contentieux qui les oppose sur le contrôle des postes frontières de la région du Kurdistan irakien.

Le Premier ministre irakien Haïdar al Abadi a précisé que ces pourparlers devaient ouvrir la voie à un déploiement pacifique des forces irakiennes aux passages frontaliers vers la Turquie, la Syrie et l'Iran.


(Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français)