Irak: les bureaux de vote ouvrent pour des élections législatives sans illusion ni espoir

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Les bureaux de vote ont ouvert dimanche en Irak pour des législatives anticipées présentées par le pouvoir comme une concession face à un soulèvement populaire. Mais entre la corruption endémique et la pléthore de factions armées, les électeurs ne s'attendent pas à de grands changements.

Dans le centre de Bagdad, un journaliste de l'AFP a assisté à l'ouverture aux alentours de 07H00 (04H00 GMT) d'un bureau de vote installé dans une école, mais rares étaient encore les électeurs à avoir fait le déplacement.

Femme au foyer, Jimand Khalil, 37 ans, était parmi les premiers à l'ouverture. "Je suis venue voter pour changer le pays en mieux, et changer les responsables actuels qui sont incompétents. Ils nous ont fait beaucoup de promesses mais ne nous ont rien apporté. Nous voulons des indépendants cette fois-ci".

Un important dispositif de sécurité a été déployé dans la capitale et à l'entrée des bureaux de vote, où les électeurs devront être fouillés à deux reprises avant de pouvoir entrer, a constaté l'AFP.

Les bureaux fermeront à 18H00 (15H00 GMT), à moins d'une prolongation. Des dizaines d'observateurs internationaux dépêchés par l'ONU et l'Union européenne superviseront le processus.

Dès l'ouverture, le Premier ministre Moustafa al-Kazimi a voté dans un bureau de vote de l'utra-sécurisée zone verte de Bagdad. "C'est une opportunité pour le changement", a-t-il lancé, interpellant les Irakiens et "ceux qui hésitent". "Sortez et votez, changez votre réalité, pour l'Irak et pour votre avenir", a-t-il ajouté.

"Votez, votez, votez", a-t-il martelé.

Mais des experts pronostiquent déjà une abstention record. Initialement prévues en 2022, les élections ont été avancées pour calmer la contestation de l'automne 2019, expression d'un immense ras-le-bol populaire fustigeant une corruption tentaculaire, des services publics défaillants et une économie en panne.

Réprimé dans le sang (au moins 600 morts et 30.000 blessés), le mouvement s'est depuis essoufflé. Des dizaines de militants ont été victimes d'enlèvements, d'assassinats et de tentatives d'assassinats, imputés aux influentes factions armées pro-Iran.

Décriant ce contexte antidémocratique, les militants de la contestation boycottent largement le scrutin.

"Rien ne va changer, ces élections seront remportées par les mêmes factions contre lesquelles le peuple a manifesté", lâche à Bagdad Mohammed Kassem, 45 ans, qui n'ira pas voter.

Les mêmes blocs traditionnels devraient préserver leur représentation au sein d'un Parlement fragmenté, où l'absence d'une majorité claire oblige les partis à négocier des alliances, selon des experts.

- "Pression, intimidation, menace" -

Le scrutin se déroulera sous haute sécurité, dans un pays où le groupe Etat islamique reste actif. Les aéroports ont fermé dès samedi soir et ne rouvriront qu'à l'aube lundi. Les déplacements entre provinces sont proscrits et les restaurants et centres commerciaux doivent rester fermés.

Comme toutes les formations politiques ou presque disposent de leurs propres factions armées, la crainte de violences électorales et de fraudes est dans tous les esprits.

"Le jour du scrutin, les Irakiens doivent être en confiance pour voter comme ils le souhaitent, dans un environnement libéré de toute pression, intimidation et menace", a plaidé vendredi la mission de l'ONU en Irak.

Quelque 25 millions d'électeurs sont appelés aux urnes. Mais pour participer au vote électronique et choisir parmi les plus de 3.240 candidats, ils devront être munis d'une carte biométrique.

L'élection des 329 députés se fait selon une nouvelle loi électorale, qui instaure un scrutin uninominal et augmente le nombre de circonscriptions pour encourager, en théorie, indépendants et candidats de proximité.

Les résultats préliminaires sont attendus dans les 24 heures après la fermeture des bureaux de vote et les résultats définitifs dans une dizaine de jours, selon la commission électorale.

Le courant sadriste est donné grand favori. Son leader, le sulfureux Moqtada al-Sadr, ex-chef de milice à la rhétorique anti-américaine, tient déjà le plus gros bloc au Parlement sortant.

Mais il devra composer avec les grands rivaux pro-Iran du Hachd al-Chaabi, entrés au Parlement pour la première fois en 2018, surfant sur la victoire contre les jihadistes de l'EI.

Si la scène politique reste polarisée sur les mêmes dossiers sensibles -- que se soit la présence des troupes américaines ou l'influence du grand voisin iranien -- les partis entameront de très longues tractations pour s'accorder sur un nouveau Premier ministre, poste qui revient traditionnellement à un musulman chiite.

"L'élection donnera probablement naissance à un autre Parlement fragmenté. S'ensuivront des marchandages opaques parmi les différentes factions pour former le prochain gouvernement", résument les chercheurs Bilal Wahab et Calvin Wilder dans une analyse publiée par le Washington Institute.

Difficile de voir dans ce scrutin "plus qu'un jeu de chaises musicales", ajoutent-ils. Et les demandes de la contestation -- lutte contre la corruption, création d'emplois, faire rendre des comptes aux groupes armés -- "ont peu de chances d'être satisfaites".

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