Irak : élan de solidarité avec Maryam, 16 ans, attaquée à l’acide pour avoir refusé une demande en mariage

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Le 16 décembre, les Irakiens ont découvert avec stupéfaction l’histoire de Maryam Rukabi, une étudiante aux Beaux-Arts à Bagdad, défigurée à l’acide par un homme dont elle avait refusé la demande en mariage. Grâce à une forte mobilisation sur les réseaux sociaux, à la suite de la diffusion d’un reportage sur son calvaire, Maryam pourra bénéficier d’une prise en charge pour des soins à l’étranger, notamment une chirurgie de reconstruction du visage.

Les faits remontent au 10 juin 2021. Maryam Rukabi, 16 ans, dormait dans son lit quand un homme masqué s’est introduit dans sa chambre et lui a versé de l’acide sur le visage. Après un long séjour à l’hôpital, Maryam et ses parents ont donné une interview à la chaîne irakienne I News le 16 décembre.

Sa mère a expliqué que Maryam avait connu cet homme sur les réseaux sociaux, et que ce dernier l’avait demandé à plusieurs reprises en mariage. “Maryam répondait continuellement qu’elle ne voulait pas se marier et qu’elle souhaitait finir ses études”, a indiqué sa mère.

Les camarades de Maryam Rukabi ont organisé une fête à l’occasion de son retour à l’institut des Beaux-Arts, samedi 18 décembre.

La médiatisation de son cas a déclenché une vague de solidarité sur les réseaux sociaux, et les appels pour l’aider à financer ses soins se sont multipliés sur Twitter, sous les hashtag “Sauvez la princesse Maryam”.

"Maryam a refusé d'épouser un jeune homme, il est entré à son domicile et a versé de l'acide nitrique sur son corps", peut-on lire dans ce Tweet.

Une cagnotte a permis de récolter plus de 90 000 dollars (près de 80 000 euros) en quelques jours. Le ministre de la Santé, Hani Moussa, et l’homme d’affaires Saad al-Bazaa notamment ont promis de prendre en charge les soins de l’adolescente à l’étranger. “Je ne veux pas juste des soins, je veux que justice se fasse”, a de son côté insisté la victime.

Néanmoins, l’enquête concernant l'agresseur piétine. Les parents de Maryam ont porté plainte contre l’agresseur présumé ainsi qu’un complice. “Ils ont été arrêtés mais ils ont nié les faits”, a indiqué le juge d’instruction dans un communiqué le 16 décembre. “L’enquête se poursuit dans le but de rassembler les indices contre les accusés”, poursuit le communiqué

“Un homme qui tue son épouse, sa sœur, sa mère, sa fille, peut s’en sortir avec une courte peine de prison”

Pour Abrar Wadi, militante au sein de l'Association des Femmes de Bassorah, il règne un climat d'impunité qui encourage la violence contre les femmes.

C’est la première fois qu’on voit une attaque à l’acide contre une femme en Irak [les attaques à l’acide sont courantes dans des pays comme le Bangladech et l’Inde, NDLR]. J’espère que cela ne deviendra pas un phénomène.

Les violences faites aux femmes sont malheureusement nombreuses en Irak, surtout dans le cadre familial. Et le pire c’est que la loi l’autorise. Par exemple l'article 41 de la loi pénale autorise l'homme à battre son épouse si c’est dans le “but de l’éduquer.” Donc les violences domestiques sont nombreuses mais les femmes, dans leur grande majorité, ne se plaignent pas, ne portent pas plainte, car c’est considéré comme honteux.

Les féminicides sont également nombreux dans le pays, car c’est une société patriarcale très attachée aux traditions. En août dernier, une jeune fille, Nouzan al-Chammari, avait été tuée par son propre frère qui l’a poignardée en pleine rue, alors qu’elle rentrait du travail.

Dans les campagnes, au sein des tribus, les féminicides sont très courants et qualifiés de “crimes d’honneur”. Un homme qui tue son épouse, sa sœur, sa mère, sa fille, peut en général s’en sortir avec une courte peine de prison n'excédant pas trois ans. C’est prévu dans l’article 409 du Code pénal.

Ces femmes sont ostracisées même après leur mort, car elles sont en général enterrées dans un cimetière spécifique, appelé “colline des pécheresses". Et leurs tombes n’ont pas de sépulture. Il existe plusieurs cimetières de ce type notamment dans la province d’al Nassiriya et al-Sulaymaniyah.

–>> REGARDER SUR FRANCE 24 : En Irak, le combat des femmes pour leur liberté

Le ministère de l’Intérieur irakien a indiqué avoir enregistré 14 000 cas de violences domestiques en 2021.

Selon une étude réalisée par l’ONG Iron Women, 89 % des femmes en Irak ont été victimes de violences physiques ou verbales.

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