Une «Iphigénie» au souffle court

Libération.fr

Un décor mal adapté, des acteurs aux bras ballants, un manque de point de vue : la pièce de Racine montée par Chloé Dabert déçoit.

Les bateaux grecs sont bloqués dans le port d’Aulis. Ils n’en finissent plus d’attendre que les vents tournent, les poussent vers Troie. Mais les dieux leur refusent : ils attendent le sacrifice d’Iphigénie, fille de leur chef Agamemnon. De ce début terrible, Jean Racine a tiré la tragédie que l’on sait, et pour son premier passage dans le in d’Avignon, Chloé Dabert une mise en scène au cloître des Carmes. Pourquoi, alors que tout semble les séparer, dans la démarche comme l’esthétique, s’imposait étrangement au vu du résultat la comparaison avec Thomas Jolly, qui s’est emparé du Thyeste de Sénèque dans la cour d’honneur ? Peut-être car, malgré la débauche d’effets chez l’un et l’épure chez l’autre, brillait dans les deux cas, sur un texte issu de la mythologie classique, une singulière absence de point de vue. Faire dire à ces œuvres quelque chose de notre contemporain : oui, soit. Encore faudrait-il savoir quoi, et comment le faire.

L’un comme l’autre a donné l’impression de se contenter de nous servir le texte (plutôt que le servir, lui), sachant que la tâche que s’était imposée Chloé Dabert était nettement plus périlleuse : le texte de Racine est sans doute bien mieux connu, parfois intimement, par ses spectateurs. Mais peut-être y avait-il davantage à moudre aussi, autour de cette jeune femme sacrifiée, dont le destin scandalise encore plus aujourd’hui qu’hier. Le décor est une occasion manquée : un mirador en métal et bois se dresse sur scène comme un échafaudage monstrueux, et contre les arches du cloître ont été suspendus des rideaux camouflage. Un camp militaire certes, mais cachant en partie ce lieu merveilleux, comme si tout avait davantage été pensé pour une future tournée que pour ces soirs de juillet. L’idée, on l’aura néanmoins compris, est l’atemporalité, la guerre «d’hier, d’aujourd’hui», vécue en Dr. Martens et costumes (...)

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