Non, des policiers français n'ont pas déposé leurs menottes pour dénoncer le confinement

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Une vidéo partagée sur les réseaux sociaux aux États-Unis ou au Brésil, relayée le 7 avril en France, montre des membres des forces de l’ordre françaises en train de déposer leurs menottes au sol. Contrairement à ce que prétendent les internautes, ces policiers ne sont pas en train de protester contre les mesures de confinement.

Deux rangées de policiers qui se font face, et des menottes jetées à terre. Il n’en a pas fallu plus pour qu’une poignée d’internautes fasse de ces images le symbole d’une prétendue révolte des forces de l’ordre françaises contre les restrictions sanitaires.

Différents extraits vidéos montrant cette même scène circulent depuis le début du mois d’avril sur les réseaux sociaux d’Amérique latine. À l’image de celui-ci, partagé près de 300 000 fois sur Facebook, et dont la légende annonce que la police française a décidé “de se tenir aux côtés de la population” et “de ne pas déchirer les droits constitutionnels” du pays, en rejetant le confinement.

Le 7 avril, une publication semblable est postée sur le groupe Facebook “MACRON ou la grande illusion : Quand l'imposture sera-t-elle dévoilée?”. On y retrouve la vidéo, toujours accompagnée du message selon lequel les policiers refuseront désormais de sanctionner le non-respect des règles en vigueur.

Un zoom sur une capture d’écran de la vidéo permet de se rendre compte qu’il s’agit d’une reprise d’un post sur TikTok, dont l’auteur se présente comme un “conservative dad” (“papa conservateur”). Les images tournent sur le réseau social via des comptes américains, comme le montre, sur Twitter, cette suite de messages qui liste une partie des vidéos publiées. Chacune tient environ sur une minute et présente un extrait différent de la même vidéo. Ce qui suggère que le contenu original dure, lui, plusieurs minutes.

Une vidéo datée de 2020

Pas de doute : les personnes qui figurent sur la vidéo sont bien des membres des forces de l’ordre françaises, au vu de leurs tenues et leurs écussons “police nationale”. On peut entendre l’une d’entre elles dire, en français : “C’est l’expression d’un ras-le-bol”. En revanche, la date à laquelle les images ont été tournées est incertaine. Plusieurs policiers n’ont pas de masque, ce qui semble indiquer qu’elles précédent le 20 août 2020, quand le port du masque est devenu obligatoire au sein de la police nationale.

Pour retrouver l’origine de la vidéo, la meilleure solution consiste à procéder par mots-clés dans les barres de recherche des réseaux sociaux. En tapant “police France menottes” sur Facebook, et en se rendant dans la section “vidéos” des résultats de la recherche, on tombe sur une vidéo datant de juin 2020. Légendée “Des policiers en colère ‘jettent’ leurs menottes en signe de protestation”, elle dure une trentaine de minutes.

À la deuxième minute, on peut entendre : “Nous sommes en direct sur Brut, devant la préfecture de Bobigny” (Seine-Saint-Denis). Ce qui permet d’identifier la vidéo originale : un direct posté le 11 juin sur la page Facebook du média Brut, et intitulé “Action des policiers en colère. Rémy Buisine en direct de Bobigny.”

Une vidéo sortie de son contexte

Dans sa vidéo, le journaliste Rémy Buisine explique lui-même les raisons de la mobilisation des policiers. Ce sont “entre 100 et 150 membres des forces de l’ordre” filmés en direct, qui “viennent symboliquement de déposer leurs brassards de police et leurs menottes pour dénoncer les propos de Christophe Castaner [alors ministre français de l'Intérieur, NDLR] en début de semaine.” Rien à voir, donc, avec une manifestation contre le confinement.

Le 8 juin 2020, Christophe Castaner avait fait plusieurs annonces en vue d’en finir avec les “dérapages” de certains fonctionnaires de police, parmi lesquelles l’interdiction de plusieurs techniques d’interpellation. Une prise de parole vivement critiquée par les syndicats de policiers. D’autant plus qu’elle s’inscrivait dans un contexte de fortes tensions entre forces de l’ordre et citoyens, en réaction à la mort de George Floyd aux États-Unis.

Les policiers réunis à Bobigny ont senti, à travers l’intervention du ministre, une “forme de stigmatisation de l’ensemble de la profession, et c’est ce qu’ils voulaient dénoncer aujourd’hui par cette action”, précise sur place le journaliste de Brut. Des rassemblements similaires avaient lieu le même jour dans d’autres villes françaises à Lyon, Bordeaux ou encore Toulouse.