INTERVIEW. "L’IA est utilisée comme un véritable détecteur de désirs"

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Ce n’est pas la technologie qui est à craindre, mais le type d’intentions qui motivent son usage. Détourné à des fins mercantiles ou sécuritaires, ce formidable outil menace l’individu.

Cet article est issu du Hors-série de Sciences et Avenir n°199 daté octobre-novembre 2019.

Jean-Gabriel Ganascia est professeur d’informatique à la faculté des sciences de Sorbonne Université. Il a accordé une interview à Sciences et Avenir.

Sciences et Avenir : Doit-on craindre l’intelligence artificielle ?

Jean-Gabriel Ganascia : Non, il n’y a ni démon, ni puissance maléfique cachée derrière les machines, qui agirait pour soi-même. La peur irrationnelle est mauvaise conseillère ! En revanche, il faut savoir rester inquiet - au sens étymologique : ne pas être en repos. Pourquoi ? Parce que l’IA va bouleverser notre existence, créer de nouvelles conditions de vie dans la société… Mais aussi parce qu’elle est faite par des humains, et que certains d’entre eux peuvent être tentés de l’utiliser de façon plus ou moins malveillante. Dès lors, il faut se montrer très vigilant. D’une part, vis-à-vis des pouvoirs publics. Voyez, en Chine : la mise en place d’une surveillance généralisée avec reconnaissance faciale, aboutissant à un "score de réputation", aura un impact très fort sur la vie. Dans ce cas extrême mais bien réel, l’intelligence artificielle est une arme contre les libertés individuelles, au service d’un contrôle social total. Mais les démocraties ne sont pas à l’abri. Plus près de nous, en effet, le maire de Nice, Christian Estrosi, entendait doter sa ville de portiques à reconnaissance faciale dans le but de repérer les "fichés S", les personnes recherchées notamment pour terrorisme, aux abords des stades. Reste que la reconnaissance faciale a - pour le moment - ses limites, car on peut facilement tromper le logiciel. Il faut être très attentif et s’assurer que le principe - républicain - de liberté soit respecté. Ce sont des choix de société.

Qu’en est-il des acteurs privés ? Quelles menaces font-ils peser sur les libertés individuelles ?

La puissance publique est plus ou moins contrôlée, du moins en démocratie. On peut se doter de règles, de lois qui garanti[...]

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