INTERVIEW. Face au numérique, "il faut une société civile qui fasse du bruit !"

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Pour forcer l’État à protéger la vie privée et garantir l’éthique, les citoyens doivent s’impliquer. Avec une curiosité toujours en éveil pour décoder les mondes numériques.

Cet article est issu du Hors-série de Sciences et Avenir n°199 daté octobre-novembre 2019.

Dominique Cardon est sociologue et directeur du de Sciences Po Paris.

Sciences et Avenir : Quels enjeu soulève l’irruption massive de l’IA dans la société ?

Dominique Cardon : Les discours actuels sur l’IA font des promesses très excessives. La seule véritable nouveauté est liée aux techniques d’apprentissage : les machines perçoivent de mieux en mieux l’environnement. Surgissent donc des enjeux éthiques majeurs sur la qualité des données qu’elles utilisent pour forger leurs modèles. Car elles fabriquent ensuite des prédictions qui peuvent avoir des effets tranchants sur la vie des individus, lorsqu’il s’agit d’une décision d’embauche ou de l’octroi d’un crédit.

L’un des écueils, c’est que les modèles peuvent produire de la discrimination : aux États-Unis, par exemple, des algorithmes évaluent les risques de récidive des accusés. Mais la base de données utilisée renferme tous les préjugés des juges, et les Noirs sont beaucoup plus souvent incarcérés que leur taux de récidive réel ne l’indiquerait. Toutefois, à partir de ces décisions de justice, des chercheurs ont montré qu’il est possible de construire un algorithme corrigeant les biais. Le problème, c’est que dans de nombreux cas, ces biais, on ne les voit pas !

L’IA fait-elle des gagnants et des perdants ?

Une chose est sûre : elle ne réduit pas les inégalités. Elle contribue plutôt à accentuer les écarts. Les populations urbaines qui font un travail cognitif complexe ne seront pas touchées. À l’autre bout du spectre, les métiers de service à la personne continueront à être très mal rémunérés pour un service essentiel, et qui le deviendra de plus en plus. Les robots affectifs pour faire la conversation aux personnes âgées, je n’y crois pas ! Mais les professions intermédiaires voient leurs espérances altérées par l’anticipation de la perte d’emploi due à l’IA, et cela produit un immense ressentiment : il leur est facile de[...]

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