INTERVIEW. "Pour expliquer la nature, on s'intéresse à ses anomalies"

PHOTOS : RICHARD PAK POUR SCIENCES ET AVENIR

Si le bizarre nous intrigue, c'est que nous pensons que le monde est ordonné, rappelle l'historien. Qui raconte comment, en Occident, la curiosité a été peu à peu mise au pas et codifiée. Excluant le merveilleux…

Cet article est issu du magazine Les Indispensables de Sciences et Avenir n°210 daté juillet/ septembre 2022.

Historien des sciences et des savoirs, Stéphane Van Damme est, depuis septembre 2020, professeur d'histoire moderne à l'École normale supérieure (ENS). Il y dirige, au sein du Département d'histoire, le master d'histoire transnationale et globale. Il est également scénariste de bande dessinée.

Sciences et Avenir : Quelle définition pourriez-vous donner de ce qu'est un phénomène intrigant ?

Stéphane Van Damme : Quand il s'agit de définir des dénominateurs communs à ce qui nous intrigue, il faut préciser que depuis Aristote, nous sommes attirés vers les accidents du fait même de notre conception de la nature : ordonnée, marquée par des régularités. Or, pour expliquer celles-ci, on s'intéresse aux anomalies, à ce qui ne fonctionne pas bien, aux irrégularités.

Décrypter ce qui a pu intriguer par le passé, c'est finalement faire une histoire de la curiosité scientifique… Quels étaient les premiers sujets d'étonnement ?

Dans les mondes anciens, on s'intéresse aussi bien à la zoologie qu'à la physique. Les savants sont polyvalents. Les mathématiques, par exemple, ne sont pas un domaine d'activité en soi : il n'y a pas de mathématicien pur ! Contrairement à la période contemporaine où l'on peut décrire un monde scientifique, parce qu'il s'est professionnalisé, la curiosité est alors totale et encyclopédique.

Par ailleurs, il y a chez les Égyptiens et chez les Grecs la tradition d'une science à mystères : la nature est voilée, elle recèle un secret qu'il faut révéler. La vision du monde est alors complètement encastrée dans une conception religieuse. On cherche à interpréter les prodiges divins. Prenez les conceptions mathématiques de Pythagore : elles sont liées à cette vision du monde qui en fait un langage symbolique, permettant d'expliquer un certain nombre de faits.

Comment cette curiosité totale s'est-elle muée en démarche scientifique ?

siècle avant notre ère,[...]

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