Interdire le Black Friday est utopique: souvenons-nous, à Rome, des lois somptuaires!

Ratti, Stéphane
Thomas Couture, Les Romains de la Décadence, 1847. Musée d’Orsay. / Wikimedia Commons - CC

FIGAROVOX/TRIBUNE - Il y a 2000 ans, de vieux sénateurs romains tentaient déjà, mais sans succès, de censurer les moeurs dépensières de leurs compatriotes, raconte l’historien de l’Antiquité Stéphane Ratti.

Agrégé de lettres classiques, Stéphane Ratti est professeur d’histoire de l’Antiquité à l’université de Bourgogne-Franche-Comté et auteur de nombreux ouvrages remarqués, comme Le Premier saint Augustin (Les Belles Lettres, 2016) et Les Aveux de la chair sans masque (Éditions universitaires de Dijon, 2018), analyse de l’interprétation discutable, par Michel Foucault, de textes des Pères de l’Église sur la sexualité. Il vient de publier Esprit libre (Éditions universitaires de Dijon), recueil de ses textes parus dans «Le Figaro» entre 2015 et 2019.

Certains membres du gouvernement et de la majorité sont partis en guerre contre le Black Friday et ont proposé d’en limiter les effets, voire de l’interdire. On reste confondu devant tant d’ardeur juvénile et d’angélisme politique et à les voir ainsi se ranger du côté de la supposée vertu contre le vice consumériste. Savent-ils seulement qu’ils agissent en cette circonstance exactement comme de vieux sénateurs conservateurs de la Rome du temps de l’Empire, Quintus Haterius et Octavius Fronton, peu réputés pour le progressisme de leurs idées? En 22 de notre ère, ces deux-là haranguèrent le Sénat de Rome en de longues protestations contre «le luxe régnant parmi les citoyens». Le premier, Haterius, proposa d’interdire d’utiliser de la vaisselle d’or pour les repas et aux hommes de mettre des pyjamas de soie. C’est authentique et c’est le grand historien Tacite qui nous l’apprend au livre 2, chapitre 33, de ses Annales. On était alors sous le règne de l’empereur Tibère.

Comme toujours en ces cas-là, on assista à une surenchère de la meilleure eau: le second nommé, Fronton, réclama au Sénat une loi pour interdire que l’on limitât l’usage de l’argenterie chez les particuliers, que l’on réduisît le mobilier des citoyens et (...) Lire la suite sur Figaro.fr

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