"Les insultes m'ont fait plus mal que les coups" : Michel Zecler, tabassé par des policiers, évoque sa difficile reconstruction

Jeanne Bulant
·3 min de lecture
Michel Zecler lors de son interview à Mediapart. - Mediapart

Le producteur de musique, roué de coups par des policiers à Paris en novembre dernier, revient sur sa difficile reconstruction dans une interview à Mediapart. Dans cet entretien, Michel Zecler évoque les souffrances psychologiques, l'enquête ou encore le racisme.

Deux mois après son passage à tabac par quatre policiers à Paris, le producteur de musique Michel Zecler tente difficilement de se reconstruire et de reprendre une vie normale. Dans une interview accordée à Mediapart, publiée ce mercredi, il explique qu'il est toujours dans l'incapacité de travailler en raison de ses blessures.

Le producteur de musique souffre d'une plaie au crâne et d'une section d'un tendon du bras. Il est donc encore sous anti-douleur et il est contraint de porter une prothèse de rééducation en permanence. Mais selon lui, les souffrances physiques ne sont pas celles avec lesquelles il a le plus de mal à vivre.

"Ça se passe plus dans la tête qu'autre chose"

"Tout ce qui est visible, j'ai envie de vous dire que ça va un petit peu mieux avec le temps. Les problèmes que je rencontre sont ceux que je n'attendais pas, finalement. Ça se passe plus dans la tête qu'autre chose", explique Michel Zecler, qui précise être suivi par un psychiatre.

Michel Zecler confie être victime de "certaines craintes" qu'il "ne maîtrise pas". "Un exemple: la dernière fois, des policiers sont venus me demander un renseignement de manière très polie. Mais j'avoue que quand j'ai ouvert la porte et que j'ai vu l'uniforme, mon coeur s'est emballé un petit peu, c'est des réactions que je ne maîtrise pas forcément. Il faut pouvoir arranger ce qu'on ne voit pas, et c'est un petit peu plus compliqué que le reste".

L'homme dit vouloir "tourner la page", mais explique subir la contradiction entre le besoin d'oublier pour se soigner et la nécessité de se replonger dans les images pour les besoins de l'enquête. "Regarder ces images me fait énormément de mal", confie-t-il à Mediapart. Et de s'interroger: "Au bout d'un moment, à quel moment moi je peux réellement me soigner?".

Enfin, Michel Zecler dit "ne pas comprendre" les gens qui défendent les policiers mis en cause. "Qui sont-ils?" et "qu'est ce que j'aurais pu faire avant (que les policiers n'entrent, ndlr) pour mériter ça?", s'interroge le producteur de musique. "J'aimerais qu'on se rende compte qu'ils ont peut-être fait un peu plus que déconner", lance-t-il aussi, en référence aux propos du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur le plateau de France 2. "Je ne comprends pas. Moi je suis victime, il n'est pas venu me voir", déplore-t-il encore.

"Je ne suis pas un sale nègre"

L'homme demande aux policiers d'"avouer" et d'"assumer" les insultes qu'ils auraient proféré à son égard, parmi lesquelles "sale nègre", selon Michel Zecler. "Ces insultes-là m'ont fait plus mal que les coups. Moi, personnellement, je ne suis pas un sale nègre", soutient-il, or "c'est ce qu'ils m'ont dit en me regardant dans les yeux". Des propos racistes que les policiers mis en cause nient avoir tenu.

"Ce qu'ils ont vu", analyse encore Michel Zecler, "c'est un noir habillé avec un sweat à capuche et une veste en cuir. Et à partir de ce moment-là, c'est un problème. Dans leur tête à eux. C'est pas un problème pour tout le monde, mais pour eux ça a été un problème". Le producteur de musique refuse toutefois de généraliser, et il invite à ne pas "mettre tous les policiers dans le même sac".

Au total, quatre fonctionnaires sont soupçonnés d'être impliqués dans les violences infligées à Michel Zecler. Ils ont tous été mis en examen à la fin du mois de novembre. Trois l'ont été pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique (PDAP)" et "faux en écriture publique".

Article original publié sur BFMTV.com

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