«Les Initiés», à la recherche de nouveaux membres

Libération.fr

A travers l’évocation d’un rituel traditionnel, John Trengove pointe l’hypocrisie de la société sud-africaine face à l’homosexualité.

Les Initiés nous plonge sans préambule au cœur d’une communauté dont on découvre peu à peu les rituels et les codes : l’ethnie des Xhosa en Afrique du Sud. Deux fois par an, ils pratiquent l’ukwaluka, un rite d’initiation traditionnel au cours duquel de jeunes garçons sont censés devenir de vrais hommes. Venant essentiellement de la campagne, ils se retrouvent pour l’occasion dans des campements isolés, initiés par des hommes plus âgés exerçant sur eux un pouvoir parfois abusif.

Tabous. Le film se centre sur l’un des initiateurs, Xolani, jeune ouvrier homosexuel qui retrouve à chaque ukwaluka son amant, un homme marié. L’initié dont il est chargé, Kwanda, est un citadin que l’on devine envoyé de force par son père. Il va s’affirmer de plus en plus insoumis à ces parangons de virilité qui se cachent pour faire l’amour entre eux, et qui l’humilient faute de pouvoir le posséder.

En évoquant ce rite initiatique secret et en y mêlant l’homosexualité, John Trengove s’attaque à deux tabous importants de la société sud-africaine. Le lien entre les deux n’a rien de forcé. Dans les faits, il est avéré par des témoignages d’initiés (dont le scénariste du film, Thando Mgqolozana, qui a déjà abordé la question dans ses romans). Et le cinéaste montre bien que cette tradition consiste notamment à constamment ramener les jeunes hommes à leur sexe, au sens propre comme au figuré : à l’affirmation de leur masculinité autant qu’à leur membre viril (l’ukwaluka commence par une circoncision pratiquée au rasoir en quelques gestes précis).

Dépassant la simple question des Xhosa, le film souligne le paradoxe de toute société patriarcale où l’homosexualité est désignée et combattue comme le tabou absolu (c’est encore le cas dans beaucoup de pays d’Afrique) tout en étant plus ou moins consciemment tolérée et entretenue dans la promiscuité de certains rites. On (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Ticket d'entrée
«11 Minutes», la fraction fatale
«Glory», pécule par-dessus tête
«Nostos», esquisse d’un retour à Ithaque
«Jonction 48», séparer le vrai du flow

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages