INFOGRAPHIES. Lyon, Lille, Marseille... Ce que révèlent les traces de Covid-19 dans les eaux usées

Louis Tanca
·3 min de lecture
Infographie sur les traces de Covid-19 dans les eaux usées - BFMTV
Infographie sur les traces de Covid-19 dans les eaux usées - BFMTV

Détecter le Covid-19 à travers les eaux usées n'est pas encore devenu la norme mais cela fait déjà plusieurs mois que cette technique est mise en place en France. Il est en effet possible de tracer le virus à travers les selles, le virus affectant les parties entériques de certains contaminés, dont les malades asymptomatiques, difficilement identifiables actuellement. Ces personnes vont excréter du virus pendant longtemps, 10 à 15 jours après les premiers symptômes.

Une vaste quantité d'informations pour les laboratoires donc, qui leur permet ensuite de cartographier, de quantifier et d'anticiper les pics de contaminations. Pendant plusieurs mois, les résultats de ces analyes étaient cependant réservés aux experts et aux autorités sanitaires. Ils sont désormais accessibles grâce à l'Observatoire Épidémiologique dans les eaux usées, aussi appelé Réseau Obépine.

Un indicateur qui montre les tendances de circulation du virus

BFMTV.com a ainsi pu consulter les traces de Covid-19 relevées dans les eaux usées d'une douzaine de grandes villes: Dijon, Évry, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Nantes, Nice, Paris, Reims, Strasbourg et Toulouse. L'indicateur créé par le Réseau Obépine est comparable à une échelle de Richter avec trois paliers:

  • en-dessous de 60, ce qui correspond à une faible circulation du Covid-19

  • entre 60 et 90, qui signifie une circulation modérée du Covid-19

  • plus de 90, qui correspond à une circulation importante du Covid-19

Selon Yvon Maday, professeur de mathématiques appliquées à Sorbonne Université, "l’objectif de cet indicateur est de donner une idée de la tendance: est-ce que ça monte, ça descend ou ça stagne, est-ce que c'est haut, modéré ou faible". Voici donc les tendances depuis octobre 2020. Si l'infographie ne s'affiche pas correctement sur votre appareil, cliquez ici.

On constate que dans la plupart des grandes villes, la circulation du virus reste forte depuis l'apparition de la deuxième vague. C'est à Marseille que la situation semble actuellement la plus préocuppante, avec une circulation déjà très forte et une tendance nette à la hausse. Au contraire, à Lille, la circulation du virus semble faible et la tendance est à la baisse depuis plusieurs semaines. "On fait de l’anticipation, pas de la prévision" souligne Yvon Maday:

"Quand le niveau est faible, on arrive à anticiper avec 2 à 3 semaines d’avance la hausse des tests positifs si aucune décision sanitaire majeure n'est prise entre-temps (couvre-feu, confinement...). Lorsqu’on atteint le pic, on arrive à anticiper sur quelques jours.

De l'anticipation comparable à la météo

Le mathématicien rappelle que "même si le laboratoire est très précautionneux, il y aura des erreurs dans les résultats des analyses des eaux usées: on en tient compte pour élaborer l'indicateur. Mais on est certains que les tendances sont bonnes. Ce qui nous intéresse, c’est la dynamique", martèle Yvon Maday. "On est comme la météo, souvent on est bons mais parfois on peut se tromper, c'est pourquoi on donne un indice de fiabilité", compare le mathématicien.

Il n'empêche que, lorsqu'on compare les courbes du réseau Obépine à celles des taux d'incidence des métropoles, elles sont très similaires et parviennent à anticiper certains pics, comme le montre l'infographie ci-dessous.

Bientôt davantage de données?

Si les données publiques sont encore relativement limitées, leur nombre devrait s'acroître dans les prochaines semaines, selon Yvon Maday. "On a sélectionné 158 stations sur les 22.000 présentes en France. Sur ces 158 stations, environ 80 sont opérationnelles à l’heure actuelle, dont 70 pour lesquelles on a déjà suffisament de données".

La détection des variants - notamment anglais, sud-africain et brésilien - devra également être prise en compte par les laboratoires, souligne le mathématicien. "Ils sont bien plus difficiles à détecter dans les eaux usées que dans les tests naso-pharyngés. On va essayer de les identifier à part, mais c’est compliqué à mettre en œuvre", prévient-il.

Article original publié sur BFMTV.com