INFOGRAPHIES. "Kohlantess": derrière les images, la réalité de la surpopulation carcérale en France

Population carcérale - BFMTV
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Une course de karting qui donne un coup d'accélérateur à la polémique. Depuis le 19 août, la diffusion de l'émission "Kohlantess" tournée au sein de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) n'a cessé d'agiter les débats politiques, suscitant l'indignation notamment à droite et à l'extrême droite et obligeant Eric Dupond-Moretti a réagir: le garde des Sceaux a affirmé qu'il aurait mis "un veto très clair" à la compétition s'il en avait été informé.

Mais l'ampleur de la polémique a été l'occasion, pour d'autres, de pointer du doigt les conditions de détention des personnes incarcérées en France.

"Ces réquisitoires viennent d’élus et de responsables politiques qui, connaissant l’état honteux de nos prisons et leur surpopulation encore jamais atteinte dans notre histoire, osent, pour des raisons politiciennes, faire croire à nos concitoyens que la vie carcérale se résume à cette journée", tempète Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, dans une tribune publiée par Le Monde.

"Le vrai scandale, ce n’est pas le karting, mais l’état lamentable de nos prisons", dénonce-t-elle.

72.067 détenus, 60.702 places

Au 1er juillet, la France comptait ainsi 72.067 détenus pour seulement 60.702 places opérationnelles, selon les statistiques officielles du ministère de la Justice. La surpopulation touche essentiellement les maisons d'arrêt ou les quartiers maison d'arrêt, censés accueillir les personnes en détention provisoire ou les condamnés dont la peine ou le reliquat de peine n’excède pas deux ans.

La densité carcérale y est de 140,7% - autrement dit, elles accueillent 14 détenus pour 10 places. Seules 13 d'entre elles affichent un nombre de personnes incarcérées inférieur à leur capacité théorique. Quant à Fresnes, où a été tourné "Kohlantess", la densité carcérale dépasse les 144%, avec 1918 personnes écrouées au 1er juillet 2022.

Découvrez sur la carte ci-dessous les chiffres officiels de la surpopulation carcérale dans l'ensemble des maisons d'arrêt de l'Hexagone .

"En France, il y a plusieurs catégories de prison dont les principales sont les maisons d'arrêt et les établissements pour peine", explique Anaïs Henneguelle, maîtresse de conférences en économie à l'Université Rennes-2 et spécialiste du monde carcéral.

"Dans les établissements pour peine, il y a un 'numerus clausus': un lit correspond forcément à une personne et il faut attendre qu'un lit soit disponible pour organiser un transfert", détaille-t-elle. "De cette façon, les établissements pour peine ne sont jamais surpeuplés : au maximum, ils sont toujours à 100% d'occupation, pas plus."

"Les maisons d'arrêt, en revanche, absorbent toute la surpopulation carcérale", explique la spécialiste. Elles concentrent donc la majorité des problèmes... Et bien souvent, les taux d'occupation de ces établissements sont supérieurs à 100%."

Quatre d'entre eux accueillent même deux fois plus de détenus que leur capacité de base. Ainsi, la maison d'arrêt de Perpignan affiche la densité carcérale la plus critique - 423 personnes écrouées pour une capacité opérationelle de 196 places, soit une densité carcérale de 215,8%.

"La prison est au coeur de notre système répressif"

La situation de l'Hexagone est-elle unique? Selon les dernières données du Conseil de l'Europe, datées de janvier 2021, la France figure parmi les pays européens où la surpopulation carcérale est la plus forte, derrière la Roumanie, la Belgique et l'Italie. Loin devant d'autres de nos voisins, comme l'Allemagne ou l'Espagne.

Découvrez les chiffres officiels de la population carcérale des différents pays européens au 31 janvier 2021 .

Anaïs Henneguelle voit notamment dans ces écarts une différence dans "la vision du rôle de l'incarcération": "Une société souhaite-t-elle incarcérer beaucoup ou tenter de réinsérer autrement?"

"Dans beaucoup de pays européens, comme les Pays-Bas ou l'Allemagne, la peine de prison occupe une place moins importante qu'en France et d'autres systèmes de sanction vont être privilégiés, comme les travaux d'intérêt général par exemple", argument-elle. "En France au contraire, la prison est au cœur de notre système répressif."

Article original publié sur BFMTV.com