INFO M6 - Deux sœurs interpellées pour l’envoi présumé de jeunes filles en Syrie

Les deux jeunes femmes mises en examen sont soupçonnées d’avoir agi sur ordre de leur frère aîné, un djihadiste français aguerri, qui avait revendiqué les attentats du 13 novembre dans une vidéo.

Depuis le départ à l’automne 2013 de leur frère Fodil A. vers la Syrie, Anissa et Assia n’avaient pas coupé le lien avec celui-ci. Les deux sœurs originaires de Tourcoing ont été interpellées il y a quelques jours à Lille dans le cadre d’une enquête diligentée par la section anti-terroriste du Parquet de Paris. Elles ont toutes les deux été mises en examen, et l’une d’elles a été placée en détention provisoire dans un établissement pénitentiaire du nord de la France.

Anissa, 29 ans et Assia, 34 ans sont soupçonnées d’avoir financé, organisé et alimenté une filière d’envoi de jeunes femmes issues de la région lilloise vers la zone irako-syrienne. Selon plusieurs sources concordantes, il s’agissait notamment de fournir des épouses à des djihadistes hexagonaux présents en Syrie.

Un frère en lien avec Hasna Aït Boulhacen

Une filière qui, selon les mêmes sources, aurait pu être inspirée par leur frère aîné Fodil, qui a rejoint les rangs de l’Etat Islamique voilà près de trois ans. Âgé de 30 ans et identifié dans les rangs de l’organisation terroriste sous le nom d’Abû Abdillah Al-Firansi, celui-ci était déjà dans les radars de la direction générale de sécurité intérieure (DGSI) depuis l’hiver dernier. En effet, trois jours après les attentats du 13 novembre, Fodil A. apparaissait sur une vidéo de propagande de neufs minutes, accompagné de deux autres djihadistes français. Un message dans lequel il se félicite des attentats menés dans la capitale. Selon des sources proches de l’enquête, celui-ci aurait pu être en contact avec Hasna Aït Boulhacen, cousine d’Abdelhamid Abaaoud, l’instigateur des attentats de novembre. En effet, lors de l’expertise des lignes téléphoniques utilisées par Hasna Aït Boulhacen, les enquêteurs ont découvert un numéro de téléphone turc attribué à l’épouse de Fodil A.

L’inquiétant envoi de femmes vers la Syrie

Ces récentes mises en examen illustrent la part grandissante de femmes impliquées dans les zones de guerre en Irak et en Syrie, mais aussi le rôle joué par celles-ci en France. Selon plusieurs analystes, celles-ci auraient notamment la tâche de conditionner les plus jeunes à l’idéologie djihadiste. Mais elles seraient surtout contraintes à des mariages forcés avec des combattants présents sur place, après avoir rejoint l’Irak ou la Syrie par l’intermédiaire de « passeuses » présentes en France. Déjà au mois de mars, Nadia. M, une jeune femme de 35 ans originaire d’Avignon et habitant Marseille avait été mise en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Elle est également soupçonnée d’avoir alimenté une filière d’envoi de jeunes femmes vers la Syrie, dont l’une d’elle aurait épousé un djihadiste français originaire du Val de Marne. Selon le décompte effectué par les services de renseignement, 245 femmes françaises seraient actuellement présentes dans la zone irako-syrienne, ainsi que plus de 400 mineurs, dont près d’un tiers seraient nés sur place.

Adrien Cadorel