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Un influent cardinal, proche du pape, accusé d'agressions sexuelles au Canada

Le cardinal canadien Gerald Cyprien Lacroix dans la basilique Saint-Pierre de Rome, au Vatican, le 23 février 2014 (VINCENZO PINTO)
Le cardinal canadien Gerald Cyprien Lacroix dans la basilique Saint-Pierre de Rome, au Vatican, le 23 février 2014 (VINCENZO PINTO)

Le cardinal canadien Gérald Cyprien Lacroix, proche conseiller du pape, est accusé d'agressions sexuelles dans son pays dans le cadre d'une action collective qui vise plus d'une centaine de membres du diocèse de Québec, selon des documents judiciaires rendus publics jeudi.

Âgé de 66 ans, celui qui est archevêque de Québec depuis 2011 et cardinal depuis 2014 est accusé par une femme qui était âgée de 17 ans au moment des faits reprochés.

Gérald Cyprien Lacroix est également depuis l'an passé l'un des neuf membres du Conseil des cardinaux mis en place par François pour l'assister dans le gouvernement de l'Eglise, qui se réunit régulièrement au Vatican.

Les gestes dénoncés concernent des attouchements qui auraient été commis entre 1987 et 1988, a précisé à l'AFP Alain Arsenault, l'avocat des victimes.

"La parole se libère" aujourd'hui, s'est-il félicité dénonçant des agresseurs qui "ont été à l'abri pendant longtemps". Il précise que d'autres victimes devraient se joindre à cette action collective visant le diocèse de Québec, lancée en 2022.

"Nous sommes encore sous le choc en train d'essayer de comprendre les nouveaux développements", a réagi de son côté Valérie Roberge-Dion, porte-parole de l'archevêque.

Interrogé par l'AFP, le Vatican n'avait pas réagi jeudi.

Avec ces nouvelles accusations, l'action collective regroupe désormais les témoignages de 147 personnes disant avoir été "agressées sexuellement par plus d'une centaine de prêtres ou membres du personnel du diocèse, dont certains ont fait plusieurs victimes ou ont fait partie du haut-clergé de Québec", selon les avocats.

"Entre 2022 et 2023, des négociations ont eu lieu afin de tenter de régler le dossier à l'amiable. Toutefois, les parties n'ont pas réussi à s'entendre, ce qui a mis fin aux négociations. Le processus judiciaire est donc relancé, d'où les présentes démarches", ajoutent-ils.

Parmi les ecclésiastiques visés par des accusations d'agressions sexuelles depuis le début de l'action collective: le cardinal Marc Ouellet, qui occupait jusqu'en 2023 l'une des fonctions les plus importantes au sein de la Curie, l'administration centrale du Saint-Siège.

Ce dernier a toujours nié "fermement" ces accusations "diffamatoires", se disant prêt à participer à un procès pour prouver "son innocence".

- "Comportement répréhensible" -

Depuis l'élection du pape François en 2013, d'autres cardinaux ont été mêlés à des accusations d'agressions sexuelles.

Fin 2022, le cardinal français Jean-Pierre Ricard, ancien archevêque de Bordeaux, avait reconnu avoir eu un comportement "répréhensible" avec une adolescente il y a 35 ans. L'enquête de la justice française pour "agression sexuelle aggravée" a été classée sans suite en raison de la prescription des faits, mais une enquête du Vatican se poursuit.

En 2019, le pape François avait défroqué l'ancien archevêque de Washington, Theodore McCarrick, une sanction quasi-inédite dans l'histoire de l'Eglise concernant un cardinal, après que le Vatican l'eut reconnu coupable d'avoir agressé sexuellement au moins un adolescent de 16 ans en 1974, et d'avoir eu un comportement sexuel déplacé auprès de séminaristes adultes.

La lutte contre les violences sexuelles dans l'Eglise constitue l'un des chantiers du pontificat de François, qui défend une politique de "tolérance zéro" face à la multiplication des scandales.

Le pape argentin a notamment créé une commission consultative pour la protection des mineurs, levé le secret pontifical sur les violences sexuelles du clergé et obligé religieux et laïcs à signaler tout cas à leur hiérarchie. Mais le secret de la confession demeure absolu et les associations de victimes réclament davantage de mesures.

Nommés par le pape, les cardinaux, plus haute dignité dans l'Eglise catholique, ont pour mission de l'assister dans le gouvernement de l'Eglise. Ceux âgés de moins de 80 ans participent au conclave chargé d'élire son successeur.

bur-ast-gen/tib/rle