Un influenceur français accuse Dubaï de l'avoir refoulé pour son homosexualité supposée

L'influenceur Ibrahim Godin s'est vu refuser l'entrée aux Emirats Arabes Unis, soupçonné d'être gay par les autorités. - BFMTV
L'influenceur Ibrahim Godin s'est vu refuser l'entrée aux Emirats Arabes Unis, soupçonné d'être gay par les autorités. - BFMTV

Pour Ibrahim Godin, les vacances ont tourné court. Le 9 mai, alors que le jeune influenceur part en vacances aux Emirats arabes unis avec un ami, les douaniers refusent de le laisser franchir les portes de l'aéroport de Dubaï. Retour en France illico pour Ibrahim, avec un motif qui, vingt jours après, le choque toujours autant: son ami et lui seraient passés pour un couple homosexuel.

Début mai, Ibrahim Godin, 21 ans, originaire de Haute-Saône et 600.000 abonnés sur Snapchat, s'offre un séjour à Dubaï avec son ami Quentin. Tests PCR négatifs et passeports en règle en poche, les deux jeunes hommes embarquent sans difficulté, le 9 mai, pour un vol de nuit entre Lyon et les Emirats arabes unis.

"Tu rentres en France"

Vers 5 heures du matin, ils atterrissent à Dubaï et s'apprêtent à passer la douane. Si Quentin obtient son visa de tourisme sans problème, Ibrahim, lui, est redirigé vers le service de l'immigration, explique-t-il auprès de BFMTV.com. Un couple francophone le rassure: ça leur arrive régulièrement.

"Mais de 5 heures du matin à midi, j'ai attendu sur une chaise, dans un bureau. À midi, un policier vient me voir et me dit: 'Tu rentres en France'. J'étais abasourdi, je ne comprenais pas", raconte Ibrahim Godin.

Les autorités évasives sur les raisons de l'expulsion

Tant bien que mal, il tente d'obtenir des explications sur cette décision, en vain. Auprès de BFMTV.com, le jeune influenceur avance que durant ce temps d'attente, un policier entre dans un bureau, le pointe du doigt en riant et lui dit "You have a big problem" ("Tu as un gros problème"), sans donner plus d'explication.

Il parvient à prévenir ses parents qui, de leur côté, contactent l'ambassade de France aux Emirats, ainsi que le Consulat français à Dubaï. Les deux institutions le confirment: tous les papiers du jeune homme étaient en règle. Là encore, le motif de l'expulsion reste un mystère. "Ça a été le choc", se souvient Ibrahim.

"Ce n'était pas plutôt ton 'boyfriend'?"

Les autorités émiraties amènent Ibrahim dans une pièce, située au sous-sol de l'aéroport. Là, ils retrouvent d'autres personnes en passe d'être expulsées. On lui propose de prendre le prochain vol pour Paris, ou bien d'attendre le lendemain qu'un avion le ramène directement à Lyon.

Après avoir choisi la première option, le policier l'escorte jusqu'à son avion. En route, Ibrahim tente une dernière fois de comprendre pourquoi il est renvoyé en France.

"L'ami qui était avec toi, ce n'était pas plutôt ton 'boyfriend'? (sic)", lui aurait lâché le policier, d'un air moqueur, avant de se mettre à rire face au jeune homme qui dément.

Plainte pour diffamation

Trois semaines après son retour, Ibrahim Godin a décidé de porter plainte pour diffamation contre les autorités de Dubaï, mardi, dans un commissariat de Haute-Saône.

"On était juste deux garçons dans une file d'attente. Quand on expulse quelqu'un, c'est parce qu'il est dangereux, ou que ses papiers ne sont pas en règle, pas parce qu'il est gay ou soupçonné d'être gay", estime-t-il.

Le fait que son ami Quentin ait pu passer la douane sans souci, au contraire, pose question. "C'est moi qui avait réservé les deux billets, car j'avais eu une réduction. Ça a peut-être porté confusion", poursuit-il.

"Ça peut arriver à n'importe qui"

Ibrahim espère toucher des dommages et intérêts après sa mésaventure. Mais il dit surtout vouloir alerter: selon lui, "rien ne stipule que les couples gays sont interdits à Dubaï. Si ça m'arrive à moi, ça peut arriver à n'importe qui."

Les Emirats arabes unis sont encore aujourd'hui considérés parmi les pays les plus répressifs à l'égard de l'homosexualité. Selon la dernière carte établie par l'Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuels, trans et intersexes et publiée en décembre 2020, le pays appliquait encore la peine de mort dans certains cas, pour punir les relations sexuelles entre deux personnes du même sexe.

Article original publié sur BFMTV.com

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