Influence, revendications, coups d'éclat... Ce que représente réellement le syndicat de police Alliance

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Des policiers brandissent le drapeau du syndicat Police Alliance Nationale lors d'une manifestation à Paris le 20 avril 2021. - Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Des policiers brandissent le drapeau du syndicat Police Alliance Nationale lors d'une manifestation à Paris le 20 avril 2021. - Christophe ARCHAMBAULT / AFP

"Le problème de la police, c'est la justice." Cette phrase, prononcée lors du rassemblement de policiers devant l'Assemblée nationale mardi, n'en finit pas de faire couler de l'encre. Le garde des Sceaux lui-même est monté au créneau dans l'Hémicycle, pour dénoncer "le cynisme" visant à opposer "deux grandes institutions de la République." Son auteur, le secrétaire général du syndicat d'Alliance Police Nationale, Fabien Vanhemelryck, a pourtant réitéré son attaque sur notre plateau ce jour, déclarant "assumer à 300% ses propos".

"Nous, on a le courage de dire les choses et on l’assume pleinement”, s'est-il vanté, ajoutant qu'il "fallait choquer pour mettre en exergue la situation dans laquelle sont les policiers tous les jours."

Le syndicat, qui a une place de premier plan dans les rangs des forces de l'ordre, est un habitué des déclarations tonitruantes. Et en tire justement une indéniable popularité au sein de la maison police.

• Un temps majoritaire

Historiquement, les syndicats de police ont toujours connu un taux d'adhésion relativement important parmi les fonctionnaires, et ce, pour deux motifs, explique à BFMTV.com Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip):

"Les syndicats participaient à la commission qui détermine les mutations ou les promotions des agents. Ils ont depuis gardé un rôle consultatif. Sur un tout autre plan, ils apportent une aide financière et juridique aux fonctionnaires mis en cause dans des affaires de malversations ou de violences illégitimes."

Né en 1995 de la fusion de deux syndicats, Alliance Police Nationale, représentant les gardiens de la paix, n'a cessé de gagner en popularité dans les rangs des forces de l'ordre, au point de devenir la première centrale lors des élections professionnelles de 2014. Il a depuis perdu sa première place en 2018, devancé avec 34,44% des voix par les organisations Unité SGP-Police/FO. Mais avec 31,84% des votes, il détient tout autant de sièges que le premier (6) et maintient donc son influence dans l'institution. Il revendique actuellement environ 30.000 adhérents.

"Dans la foule mardi, il y avait énormément de drapeaux Alliance. Le rassemblement a été une démonstration de force, où le syndicat a montré sa forte capacité de mobilisation", observe le chercheur.

• Ligne dure

L'ensemble des organisations syndicales se rassemble autour d'une "matrice commune", note Mathieu Zagrodzki: la défense des intérêts des policiers, passant par une meilleure protection matérielle et légale. Toutefois, Alliance est celui "qui va le plus loin pour dénoncer la justice laxiste."

Alors que ses concurrents comme SGP Police ou Alternative Police sont ouverts sur les questions liées aux relations entre police et population, en investissant le terrain de la prévention, Alliance est sur un autre positionnement: "la priorité est à la répression et à l'intervention", souligne notre interlocuteur.

Sous l'aire Sarkozy, le syndicat soutient la réforme instaurant des peines planchers et aspire fermement à son rétablissement pour les agresseurs des forces de l'ordre. Comme la majorité des organisations, le syndicat a toujours écarté une quelconque remise en cause de l'usage des armes intermédiaires dans les opérations de maintien de l'ordre. Les affaires de violences policières sont traitées comme des fautes individuelles, y compris dans le cadre des manifestations de gilets jaunes.

Sans surprise, le syndicat se situe à droite de l'échiquier politique. Ses propositions sont d'ailleurs régulièrement reprises par des figures de la droite sécuritaire, tels Éric Ciotti ou Guillaume Larrivé. À la dernière présidentielle, l'organisation a toutefois surpris une partie de sa base en appelant ouvertement à voter Emmanuel Macron pour "faire barrage au candidat qui remettait en cause la démocratie sociale."

• Habitué des coups d'éclat

En parallèle du discours, le syndicat s'est illustré mardi par une opération de communication "choc" près de l'Assemblée nationale. Dans une mise en scène, on peut voir un homme endossant le rôle d'un délinquant qui tire sur des policiers, tandis que ces derniers s'effondrent au sol. Des individus en costume blanc avec le mot "justice" inscrit dans le dos balayent ensuite les dépouilles, laissant la possibilité au faux délinquant de tirer à nouveau sur d'autres policiers qui tombent à leur tour.

L'organisation syndicale n'en est pas à sa première opération médiatique. Alliance participe régulièrement à des coups de communication, comme en juin dernier, où des policiers se rassemblaient pour jeter des menottes au sol devant des commissariats, afin de dénoncer les accusations de racisme dans l'institution.

Lors de la mobilisation des gilets jaunes, l'un de leurs tracts, diffusé en août 2019, menaçait ouvertement l'institution judiciaire: "Si nos collègues venaient à être injustement condamnés, nous saurions ce qu'il nous reste à faire... Et notre colère, personne ne pourra la contenir."

"Ils sont provocateurs, mais c'est aussi l'époque qui veut ça, analyse le chercheur du Cesdip. L'organisation sait qu'avec ce type de déclarations ou de happenings, ils seront largement repris sur les réseaux sociaux et les chaînes d'information."

Et d'ajouter: "Alliance polarise l'opinion, suscite le soutien ou la haine de ses détracteurs. C'est leur stratégie, ses représentants peuvent ensuite se prévaloir d'être détestés par les anti-flics." Et ainsi engranger des voix parmi les gardiens de la paix.

Article original publié sur BFMTV.com

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