Inflation: pourquoi le prix du papier toilette est plus cher?

Le papier toilette, indispensable du panier de course d'un ménage français, voit lui aussi ses prix s'envoler. (Photo: japatino via Getty Images)
Le papier toilette, indispensable du panier de course d'un ménage français, voit lui aussi ses prix s'envoler. (Photo: japatino via Getty Images)

Le papier toilette, indispensable du panier de course d'un ménage français, voit lui aussi ses prix s'envoler. (Photo: japatino via Getty Images)

INFLATION - Comme le café, les céréales ou l’huile, le papier hygiénique est mis à mal par l’inflation. Les prix à la consommation ont continué d’augmenter durant le mois d’avril en France, touchant principalement les produits alimentaires (3,8% sur un an), les carburants, le gaz ou encore l’électricité.

Moins évoqués mais tout aussi essentiels, les produits liés à l’hygiène et la beauté sont eux aussi impactés par cette hausse des prix fulgurante depuis près d’un an. Parmi eux, brosse à dents, papier toilette, papier essuie-tout et autres indispensables de la vie quotidienne.

Pour comprendre les raisons de cette inflation sur le produits d’hygiène et de beauté, Le HuffPost s’est entretenu avec Grégory Caret, directeur de l’Observatoire de la consommation de l’UFC Que Choisir qui décrypte ce basculement des prix dans le rayon hygiène et beauté.

Plus 6,3% en l’espace d’un an

Selon le taux d’inflation mensuel, désormais publié chaque mois par l’UFC Que Choisir, les produits d’hygiène ont vu leurs prix s’envoler en avril 2022 avec une hausse de 6,3% par rapport au même mois l’année dernière. Pour Grégory Caret, cette tendance a été particulièrement rapide: “Le basculement des prix sur les produits liés à l’hygiène et la beauté s’est fait en l’espace d’à peine deux mois”.

Une hausse significative qui provoque déjà un phénomène de “précarité hygiénique” pour un certain nombre de Français. Après le passage de la crise sanitaire, à laquelle se succède maintenant une inflation inédite depuis le milieu des années 1980 dans l’Hexagone, certains consommateurs doivent faire toujours plus d’efforts et préfèrent renoncer à acheter ces produits pour faire des économies sur leur panier de course.

Selon une étude Ipsos pour l’Observatoire E. Leclerc des Nouvelles Consommations publiée le 4 avril, un Français sur six est maintenant prêt à renoncer en priorité aux produits d’hygiène et le chiffre s’emballe si on se concentre sur les produits liés à la beauté: “32 % des Français renoncent souvent ou très souvent à des dépenses beauté”, indique l’étude.

Pour des raisons financières, 11% des Français interrogés déclarent devoir souvent renoncer au savon, 12% à du dentifrice ou à une brosse à dents, 13 % à du shampoing ou encore 14 % à du déodorant.

Quant au produit star, le papier toilette, il restera toujours essentiel pour les ménages, mais subit de plein fouet la hausse des prix. Comme l’indiquait début avril à Actu.fr Paul-Antoine Lacour, délégué général de l’Union Française des Industries des Cartons, Papiers et Celluloses (Copacel), “en un an, au total, les coûts dans le secteur du papier hygiénique ont augmenté de 20 à 40% et la tendance haussière continue”.

Des raisons multiples qui s’entremêlent

Mais d’où provient cette flambée soudaine? Pour l’expliquer, Grégory Caret n’a pas une seule réponse. “L’inflation est dans l’air du temps. Avec le Covid-19, il n’y pas eu de répercussions directes et immédiates, mais les effets arrivent seulement maintenant par plusieurs canaux”.

En premier lieu, le secteur de l’hygiène subit, comme les autres rayons de nos magasins, les répercussions de la guerre en Ukraine. “L’Ukraine est un gros producteur d’huiles et de céréales, et ces dernières ne se retrouvent pas uniquement dans votre bol le matin, mais dans de nombreux produits de beauté et d’hygiène. Quant à la Russie, c’est un gros fournisseur de pétrole, donc les répercussions sont directes sur le prix du conditionnement de ces produits où le plastique contenu dans les emballages est très souvent indispensable”, détaille-t-il.

Mais le conflit dans l’est de l’Europe ne s’arrête pas là, puisque les hydrocarbures, essentiels à la transformation de certains produits connaissent, eux aussi, cette inflation. Un cocktail qui met d’ailleurs à mal toute l’industrie du papier, particulièrement dépendante du gaz et de l’électricité pour transformer le bois en papier. Même constat pour le séchage de la pâte à papier, un procédé particulièrement énergivore.

Et malgré un emballage souvent moindre, papier essuie-tout, papier toilette, mouchoirs en papier, ou serviettes hygiéniques subissent cette inflation record par effet boule de neige. Autre donnée essentielle: le contexte sanitaire en Chine et ses mesures sanitaires strictes, provoquant de facto un blocage des ports d’Asie et donc un engorgement du trafic maritime international.

“Les difficultés d’approvisionnement pendant la crise sanitaire ainsi que le redémarrage intensif du transport mondial qui a suivi au sortir de la crise a provoqué une ruée sur les matières premières. Toutes ces raisons, additionnées à la pénurie de pâte à papier, se sont entremêlées ces derniers mois avec la hausse des tarifs de l’énergie pour en arriver aux prix que l’on connaît aujourd’hui”, résume alors Grégory Caret.

“Oublier les produits à bas prix”

À cela, il faut encore ajouter une dernière donnée, celle du changement climatique. “Ce contexte d’inflation n’est pas appelé à disparaître ou se résorber, d’ailleurs les sécheresses et les inondations non plus”. Les conséquences directes du réchauffement climatique “provoquent de mauvaises récoltes partout dans le monde et impactent durablement toute la production mondiale”, souligne le directeur de l’Observatoire de la consommation d’UFC Que Choisir.

De quoi dresser un constat bien terne. “Il va falloir progressivement oublier les produits à bas prix, comme cela était le cas ces dix dernières années dans un climat de guerre des prix des acteurs de la grande distribution”, observe Grégory Caret. Pour autant, il tient à ajouter une note d’optimisme: “Il faut saluer le blocage des prix du gouvernement qui permet de freiner l’inflation en France. Surtout qu’en comparaison de certains de nos voisins, on s’en sort relativement bien”.

“Qu’il s’agisse du papier toilette ou des produits alimentaires, il va progressivement falloir apprendre à s’adapter, en adoptant de bons réflexes et en ayant une approche plus pragmatique dans notre manière de faire les courses”, ajoute-t-il. Pour cela, il conseille par exemple d’acheter plutôt des produits bruts, moins chers, malgré l’inflation pour “retrouver de veilles habitudes, depuis longtemps délaissées”.

À voir également sur Le HuffPost: En Australie, les autorités ne veulent plus de bagarre pour du papier toilette

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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