Infectées par ce champignon parasite, les mouches deviennent nécrophiles

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Le champignon Entomophthora muscae pousse les mouches mâles à s'accoupler avec des femelles mortes.  (Photo: Photo by Rudi Steenbruggen via Getty Images)
Le champignon Entomophthora muscae pousse les mouches mâles à s'accoupler avec des femelles mortes. (Photo: Photo by Rudi Steenbruggen via Getty Images)

SEXUALITÉ- Son venin est aphrodisiaque. Après avoir tué sa proie, le champignon Entomophthora muscae lui injecte un philtre d’amour. Ce poison extrêmement efficace rend les mouches mortes sexuellement désirables. C’est ce que révèlent les travaux de chercheurs de l’Université de Copenhague, encore en attente de validation par leurs pairs, disponibles sur le serveur bioRxiv depuis le 22 octobre.

Pour mieux comprendre ce phénomène, l’équipe de scientifiques, menée par le scientifique spécialiste de l’environnement Andreas Naundrup, a proposé aux mouches mâles de choisir entre des femelles mortes infectées et non infectées par le champignon dans une arène de test.

Les mâles, désorientés, se sont davantage accouplés avec leurs congénères infectées. Le nombre de tentatives d’accouplement était même plus élevé lorsque la femelle se trouvait au dernier stade de l’infection. Alors même que ces demoiselles étaient striées de spores, de petites boules marron pas très appétissantes.

Un champignon qui “zombifie” les mouches

La spore est l’arme sexuelle du champignon. Comparable à la graine pour une plante, elle germe et produit un filament microscopique. Celui-ci rencontre un autre filament provoquant une sorte d’accouplement. A deux, ils donnent naissance à un troisième filament qui se ramifie. De filaments en filaments se forme une pelote, prémisse d’un nouveau champignon.

C’est cette spore reproductrice, qui, lorsque le champignon va s’attaquer à la mouche, grandit dans la partie de son cerveau contrôlant son comportement de reptation, de déplacement. Là, l’insecte dompté va ramper jusqu’au champignon, et plus précisément jusqu’à l’endroit où il libère le plus de spores. Tandis que la mouche est infectée, le champignon en profite pour manger sa chair de l’intérieur et développer ses propres organes reproducteurs qui jaillissent de la mouche morte.

Ce champignon a donc deux pouvoirs: la capacité de “zombifier” son hôte et celui de manipuler des mouches mâles saines. Cet exemple d’exploitation des pulsions d’accouplement des animaux est “l’une des premières descriptions d’une manipulation comportementale aussi étendue par un agent pathogène”, expliquent Andreas Naundrup et son équipe.

De nombreuses espèces exploitent leur pouvoir de convoitise

Ces manipulations sont surtout le propre des parasites et autres pathogènes, comme ce champignon Entomophthora muscae, qui ont un besoin impérieux de se propager. Cependant, “il est rare que les agents pathogènes utilisent à la fois la manipulation comportementale de l’hôte et le mimétisme sexuel”, souligne l’étude.

D’autres espèces utilisent aussi leur pouvoir de convoitise pour manipuler le sexe opposé. Certaines plantes déguisent par exemple leurs fleurs en insectes femelles pour inciter les mâles à faire leur sale boulot de porteurs de pollen. La nature est parfois plus rusée qu’on ne le pense.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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