Ineos vise Manchester United, nouvelle étape dans la stratégie marketing tous azimuts de Ratcliffe

Candidat au rachat de Manchester United, déjà propriétaire de l'OGC Nice, le groupe britannique Ineos, spécialisé dans la pétrochimie, multiplie depuis 2017 les investissements dans le sport, du football au cyclisme en passant par l'athlétisme et la voile.

Contrôlé par le milliardaire Jim Ratcliffe, parmi les hommes les plus riches de Grande-Bretagne, Ineos a fait savoir mardi qu'il était entré en contact avec la banque d'affaires Raines, mandatée par les propriétaires actuels de Manchester United, la famille américaine Glazer.

"Je peux vous confirmer que nous nous sommes formellement engagés dans le processus", a déclaré à l'AFP un porte-parole du groupe, confirmant une information révélée par la BBC.

De leur côté, les Glazer n'ont fait aucun commentaire sur l'entrée en lice d'Ineos.

Supporter affiché des Red Devils, Ratcliffe, 70 ans, dont le magazine Forbes estime la fortune à 15,5 milliards de dollars, au 111e rang de son classement 2022 des milliardaires de la planète, avait déjà manifesté à plusieurs reprises son intérêt pour Manchester United même s'il a aussi essayé de mettre la main sur Chelsea, finalement cédé en mai dernier à un consortium américain pour 4,25 milliards de livres, un record.

Mais le chemin est encore long avant un possible accord avec les Glazer, qui contrôlent Manchester United depuis 2005 et espèrent des offres de l'ordre de 5 milliards de livres (5,8 mds EUR), ce qui serait un montant record.

Ratcliffe pourrait notamment faire face à une offre concurrente d'investisseurs saoudiens. Le prince Abdelaziz ben Turki Al-Faisal, ministre saoudien des Sports, a évoqué en novembre dernier un possible "intérêt" dans le rachat de Manchester United mais aussi Liverpool, également en vente.

- Le cyclisme en étendard, le football dans le viseur -

Mettre la main sur les Red Devils, un des grands clubs d'Europe, constituerait un nouveau pas franchi par Ineos dans le sport, où l'acquisition en 2019 de la formation cycliste Sky a marqué les esprits. "Sky, c'était la référence en termes de performance dans un sport qui met particulièrement en avant le nom du sponsor", décryptait alors pour l'AFP Vincent Chaudel, fondateur de l'Observatoire du sport business.

L'ancienne équipe de Bradley Wiggins et Chris Froome avait remporté six Tours de France entre 2012 et 2018; rebaptisée Ineos, elle a empoché l'édition 2019 de la Grande boucle avec le Colombien Egan Bernal. Même si les Ineos-Grenadiers sont moins présents aujourd'hui aux avant-postes d'un peloton dominé par les UAE de Tadej Pogacar et les Jumbo-Visma de Jonas Vingegaard, le cyclisme continue d'assurer une visibilité de tout premier ordre au groupe de Ratcliffe.

Dans le football, évidemment dans la ligne de mire de sa stratégie marketing du fait de la popularité du sport N.1 dans le monde, le milliardaire britannique n'a pas réussi pour l'instant de coup aussi spectaculaire. Après le club de Lausanne Sport, racheté en 2017, c'est l'OGC Nice qui est tombé dans son escarcelle en 2019. Ni l'un, ni l'autre n'ont cependant la surface médiatique et le palmarès de Manchester United.

"Le sport le plus populaire au monde, c'est le football, et c'est le sport dont nous sommes le plus proches", déclarait Ratcliffe en octobre dernier lors d'une conférence organisée par le Financial Times. "Nous devrions donc être présents."

- Technologie -

Ineos s'est également aventuré dans le milieu de l'athlétisme avec le coureur kényan Eliud Kipchpoge, lui organisant méticuleusement et spectaculairement en octobre 2019 dans les rues de Vienne, la capitale autrichienne, le premier marathon couru en moins de deux  heures (1 heure 59 minutes et 40 secondes) - performance non homologuée par la Fédération internationale d'athlétisme compte tenu des conditions de course très particulières.

La marque s'est également rendue visible sur la très prestigieuse Coupe de l'America, l'une des plus anciennes compétitions sportives existantes, avec le monocoque Britannia et apparaît sur les monoplaces engagées en Formule Un par l'écurie Mercedes, dont Ineos détient aussi des parts. Deux sports où la technologie est primordiale.

Rien ne prédestinait pourtant Jim Ratcliffe à devenir milliardaire et à être anobli par la reine, lui qui a grandi dans un logement social en banlieue de Manchester.

L'ancien étudiant en chimie de l'Université de Birmingham et titulaire d'un MBA de la London Business School a créé Ineos, qu'il détient encore majoritairement, à l'âge de 40 ans, avant de le faire grandir à coups d'acquisitions.

Discret, Ratcliffe, qui s'est fait domicilier à Monaco, principauté connue pour son fisc peu intrusif, et n'a jamais coté son groupe en Bourse, parle rarement à la presse. "Nous faisons des milliards de bénéfice. Qu'y a-t-il de mal à en investir un peu dans le sport ?", expliquait-il en amont du projet marathon monté avec Kipchoge.

bur-pid/smg/dlac/hap/hpa/jde

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