Indonésie: la psychose des attentats à l’approche du mois de ramadan

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Depuis huit jours, l’antiterrorisme indonésien a relevé son niveau de vigilance. Cette période de l’année qui précède le ramadan a toujours été privilégiée par les fanatiques islamistes et trois personnes ont déjà commis des attentats suicides sur l’île de Célèbes et à Jakarta ciblant une église et la police.

De notre correspondante en Asie du Sud-Est,

Les deux attentats qui ont récemment frappé le pays qui compte le plus de musulmans au monde ont plusieurs particularités : D’abord des méthodes et des armes assez rudimentaires, une bombe artisanale faite avec une cocotte minute et un pistolet à air. Les attaques n’ont donc tué que les jihadistes eux-mêmes mais elles inquiètent l’Indonésie. Car depuis plusieurs années le terrorisme à deux visages en Indonésie : le premier est bien connu il s’agit de la Jemaah Islamiah, groupe armé très hiérarchisé, derrière les attentats de Bali qui avaient fait 200 morts en 2002. C’est un groupe qui veut agir sur le long terme en prenant le temps de former des troupes opérationnelles, en investissant dans des secteurs clefs de l’économie comme l’huile de palme pour espérer un jour instaurer un califat. Le deuxième, est plus récent et c’est lui qui a frappé cette semaine : il s’agit de personnes ayant prêté allégeance à Daech bien plus difficiles à cerner car leur mode opératoire est imprévisible.

Nasir Abas, collabore aux missions d’antiterrorisme et de déradicalisation des autorités, depuis plus de 15 ans. C’est un homme au parcours atypique ; il a été l’un des leaders de Jemaah Islamiah, fut l’un des terroristes les plus recherchés de la région, avant d’être arrêté. Aujourd’hui, explique que pour comprendre les passages à l’acte de ces derniers jours il faut remonter à la propagande des leaders pro Daech en Indonésie comme Aman Abdurrahman. Ce dernier dit à ses fidèles : « Prouvez votre foi. Si vous faites une attaque c’est un jihad, et vous prouvez votre foi. Et si vous n’avez pas de quoi faire une bombe, prenez une arme à feu, si vous n’avez pas une arme à feu, prenez un couteau, si vous n’avez rien de tranchant, prenez une pierre ! Cela conduit à beaucoup de petites attaques de ce genre, et c’est aussi dangereux qu’une seule de grande ampleur ».

Le résultat, ce sont des attentats faits avec tous les moyens du bord, l’année dernière sur les réseaux sociaux certains fanatiques suggéraient même d’utiliser le Covid-19 comme une arme et d’aller contaminer des ennemis si l’on avait été testé positifs.

Recrutement de femmes et d’enfants

La deuxième particularité de ce nouveau visage du terrorisme en Indonésie, c’est le nombre de plus en plus importants de femmes et d’enfants. Deux jeunes femmes de 25 ans cette semaine, dont l’une était enceinte assure la presse indonésienne, mais aussi ces dernières années des familles entières qui ont réalisé des attentats suicides avec leurs enfants. Ce nouveau profil plus féminin questionne les autorités, certains stéréotypes de genre sont souvent utilisés pour l’expliquer : les femmes et les enfants seraient plus dociles, plus obéissants. Mais pour la chercheuse Sidney Jones, ces femmes se radicalisent d’elles mêmes, notamment grâce aux réseaux sociaux qui leur permettent, avec l’anonymat, de débattre, faire de la propagande, lancer des cagnottes et ensuite parfois de passer à l’action. Pour mieux cerner et intervenir auprès de ces nouveaux visages du terrorisme, pour cette chercheuse, il faudrait d’abord que la police et les prisons indonésiennes recrutent plus de femmes, car elles sont aujourd’hui très rares dans les rangs des autorités.

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