Indonésie: prévenir le suicide grâce à l'algorithme de Google

·4 min de lecture

C’est une initiative d’un genre et d’une ampleur inédite lancée à l’initiative du docteur Sandersan Onie du Black Dog Institute, qui avec l’aide de l’Association de Psychologie Indonésienne et de Google Indonesia tâche d’utiliser les outils de publicités ciblées de Google pour promouvoir des contenus adéquats aux personnes potentiellement touchées par des idées suicidaires.

Avec notre correspondante régionale à Kuala Lumpur, Gabrielle Maréchaux

L’expérience est aussi simple qu’édifiante, raconte le docteur Onie : « Un jour, j’ai tapé sur internet en Indonésien 'Comment me suicider' et 'Comment me tuer sans douleur', et les premiers résultats étaient des sites qui expliquaient clairement comment faire, ce qui n’est vraiment pas une bonne chose. Comme ce qui arrive en premier dans un moteur de recherche n’est pas déterminé par des lois ou une éthique, c’est l’algorithme qui décide et qui vous montrera ce que vous voulez voir ».

Partant de ce constat problématique, le docteur en psychopathologie a donc tâché de réfléchir à la meilleure façon de prévenir le risque de suicide en Indonésie qui ne dispose pas à ce jour d’une ligne d’écoute ciblée pour aider les personnes suicidaires.

Utiliser l'agorithme de Google

Et c’est en tombant sur une expérience effectuée au Kansas à petite échelle que l’idée suivante germa : utiliser la publicité ciblée de Google pour envoyer des contenus adéquats aux personnes tapant sur le moteur de recherche des termes pouvant laisser penser qu’ils ont un projet de suicide. Car les résultats de l’expérience américaine sont encourageant raconte-t-il : « Le pourcentage de personne qui cliquaient et étaient redirigés vers des sites et des plateformes de prévention ou d’aide était de 30%, alors que le pourcentage moyen pour une publicité ciblée est normalement de 3 ou 4%. Donc, même dans un pays comme les États-Unis où existe une hot-line, ce procédé rencontrait un grand succès et semblait combler un besoin. Dans certains pays déjà, l’Australie, la France, les États-Unis, taper des mots comme “ comment se suicider “ amène l’algorithme de Google à afficher en gros le numéro d’une ligne d’écoute compétente, mais ce n’est sans doute pas assez, car le dispositif peut ne pas être efficace car d’abord parfois cela ne marche pas, et car c’est facile de l’ignorer et pour quelqu’un en crise, c’est très intimidant de parler à quelqu’un ».

Parler de ses émotions, un signe de faiblesse en Indonésie

L’ambition du docteur Onie est ainsi d'utiliser les ressources de Google et les données dont le moteur de recherche dispose sur les internautes pour proposer le contenu le plus ciblé possible « Si par exemple une adolescente de 17 ans est dans sa chambre en pleine crise, ce qu’on essaie de faire c’est de lui proposer des messages, témoignages et contenus de personnes qui lui ressemblent ». Et si le projet du docteur Onie était originellement conçu pour pallier l’absence d’une «hotline» nationale, cette façon d’agir pourrait également permettre de dépasser, par le biais de l’écran d’ordinateur bon nombres de barrières culturelles ou linguistiques dans le quatrième pays le plus peuplé au monde, en proposant des contenus dans les différentes langues parlées en Indonésie, mais aussi en tenant compte des perceptions du suicide très diverses dans un aussi vaste pays.

« Dans les régions rurales de Bali par exemple, explique le chercheur, c’est culturellement accepté qu’une jeune fille avec le coeur brisé tente de mettre fin à ses jours. Dans certains endroits, c’est un énorme tabou, dans d’autres, le suicide est glorifié, je pense par exemple au Sud-Est indonésien où une ville est célèbre pour son nombre de suicide. C’est donc vraiment dur d’étudier et de lutter contre le suicide en Indonésie car ce qui pourrait fonctionner dans une région pourrait ne pas être pertinent dans l’île d’à côté. Mais une généralité semble être, elle, de mise partout, dans notre culture : nous ne sommes pas du tout habitués à évoquer ouvertement nos émotions. On nous apprend qu’on ne peut pas montrer de signes de faiblesse. Poussée à l’extrême, cette mentalité peut amener à penser que le suicide est préférable à montrer ses faiblesses et apparaître comme vulnérable ».

La religion au secours des âmes

Ultime barrière enfin qui rend difficile la prévention contre le suicide en Indonésie, celle de la religion, car en Indonésien, rappelle le docteur « troubles mentaux » se dit « problème de l’âme » et solliciter une aide divine plus que médicale est un réflexe fréquent.

Mais le docteur Onie se veut optimiste et la solution qu’il propose paraît à l’image de l’Indonésie, un pays qui souffre encore beaucoup du manque d’infrastructures mais où 60% de la population passe plus de trois heures connectée sur les réseaux sociaux dans la journée.