Indemnité inflation: pourquoi le monde rural en demande plus

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Une station essence à Langon en Gironde, le 21 octobre 202 (REUTERS/Stephane Mahe) (Photo: STEPHANE MAHE via REUTERS)
Une station essence à Langon en Gironde, le 21 octobre 202 (REUTERS/Stephane Mahe) (Photo: STEPHANE MAHE via REUTERS)

PRIX DE L’ÉNERGIE - Après une semaine de réflexion et d’hésitations, Jean Castex a annoncé jeudi 21 octobre le versement, entre le mois de décembre et de février, d’une indemnité défiscalisée de 100 euros pour les “classes moyennes”.

Objectif de cette large mesure qui concerna 38 millions de Français? Lutter en une fois contre la hausse des prix, principalement la famblée de ceux des carburants, en ratissant large et en ne limitant pas la mesure aux seuls automobilistes. Car comme l’a précisé le Premier ministre sur le plateau de TF1, “il n’y a pas que l’essence qui augmente”.

Ce cadeau de Noël n’a cependant pas convaincu l’opposition et encore moins certaines associations de consommateurs et représentants du monde rural. En cause? “L’indemnité inflation” n’est “pas équitable”, “pas ciblée”, en plus d’arriver trop tardivement face à “l’urgence” de la hausse des prix.

Les prix à la pompe ont atteint à la mi-octobre des niveaux historiquement hauts à 1,56 euro le litre pour le gazole en moyenne, et 1,62 euro pour l’essence sans-plomb. Le prix d’un plein d’essence s’élève donc pour certains véhicules à ce fameux seuil de 100 euros.

“Pas à la hauteur des dépenses de certains”

″À vouloir faire trop simple, on prend une mesure qui ne tient pas compte des réelles dépenses”, a fustigé dès jeudi soir sur franceinfo le président de l’UFC-Que Choisir, Alain Bazot, pointant le fait que “certains Français n’utilisent pratiquement pas de voiture” et recevront quand même ces 100 euros. “D’autres l’utilisent beaucoup, et les 100 euros ne sont pas à la hauteur des dépenses”.

De son côté, le délégué général de l’association de consommateurs CLCV, François Carlier, salue dans Le Parisien une mesure qui va dans le “bon sens”, mais qui aurait pu “cibler encore un peu plus les personnes qui, par leur activité professionnelle, comme les infirmières ou les commerciaux, consomment beaucoup de carburant”, bien qu’il concède que cela aurait “sans doute rajouté de la complexité à la complexité”.

Michel Fournier, le président des maires ruraux de France a, lui, appelé le gouvernement à faire “une différenciation entre ceux qui n’ont pas le choix et les autres”. Selon ce maire des Vosges, la mesure aurait dû être progressive ou majorée, en faisant la distinction non sur le montant des revenus (fixé à 2000 euros net) mais sur le bassin de vie, les territoires ruraux étant pour lui “les premiers impactés par cette hausse”. “On peut faire des politiques vélo, mais dans les Vosges, il faut faire en moyenne 30 à 35 kilomètres pour aller travailler”, ajoute l’élu, qui va juste qu’à alerter sur le fait que la hausse des prix des carburants pourrait favoriser le retour des “gilets jaunes”.

Le fioul, grand oublié de l’indemnité inflation?

Autre angle mort de la réponse gouvernementale pointée du doigt: l’indemnité ignore “ceux qui se chauffent au fioul”, soit près de 3,5 millions de Français en maison individuelle, laissant ainsi ces Français “sur le bord de la route”, selon l’UFC-Que Choisir et plusieurs élus politiques, qui la juge du coup “dérisoire” au regard des factures en essence et fioul.

Le prix du fioul domestique coûte en moyenne 20% plus cher que l’an dernier, bien que ces prix varient beaucoup en fonction des fournisseurs et du transport nécessaire. Le prix s’approche désormais du prix symbolique d’un euro du litre, entraînant des factures souvent proches des 1000 euros pour un plein avant l’hiver, un montant difficilement tenable au regard des pensions de nombreux retraités.

Reste que la nouvelle indemnité inflation n’est pas le seul chèque exceptionnel mis en place par le gouvernement pour payer ces hausses des prix de l’énergie. 5,8 millions de Français modestes bénéficieront également “courant décembre” d’une revalorisation du chèque énergie de 100 euros, dont le montant moyen s’élevait déjà à 148 euros par ménage sous condition de ressources. Celui-ci s’additionnera à l’indemnité inflation.

Face aux critiques des associations de consommateurs, la droite de LR à Marine Le Pen, en passant par Nicolas Dupont-Aignan, continuait à défendre une baisse générale de la TVA et des taxes sur les carburants, mais aussi sur le gaz, le fioul domestique et l’électricité. “Trop peu, trop tard, dans la plus grande des improvisations, et aucune solution de moyen terme pour limiter la dépendance à la voiture. Urgence d’investir enfin dans les transports en commun et la rénovation thermique pour limiter les factures d’essence et d’énergie”, a lui critiqué le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou.

À voir également sur Le HuffPost: Pourquoi le “chèque carburant” n’est pas simple à mettre en place

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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