Inde: les livreurs de la plateforme Zomato accusent le géant de les traiter comme des esclaves

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La plateforme indienne de livraison de nourriture Zomato est sous le feu des critiques. Sur Twitter, plusieurs de ses livreurs se livrent anonymement sur la dureté de leur métier, accusant le géant de les traiter comme des esclaves. Émotion chez les médias et les internautes, dans une Inde pourtant habituée aux inégalités.

De notre correspondant à Bangalore,

Dans un pays où les inégalités sont marquées et font partie intégrante de la société, il en faut donc beaucoup pour que la classe moyenne indienne s’émeuve du sort des petits travailleurs en bas de l’échelle sociale.

Mais depuis deux semaines les internautes réagissent à des témoignages de livreurs qui seraient traités comme des esclaves ou des variables d’ajustement par les plateformes. La plus grande, de celles-ci s’appelle Zomato. « Je travaille 12 heures par jour, six jours par semaine et je gagne 180 euros », raconte un livreur de Bombay. Un autre raconte que, contrairement aux affirmations de Zomato, sa paye a baissé depuis la pandémie de Covid-19… alors même que le prix de l’essence explose dans le pays.

Les travailleurs rapportent aussi des algorithmes louches dans l’application : comme plus de commandes pour les livreurs les plus rapides, ce qui incite à prendre tous les risques sur les dangereuses routes indiennes. Et puis la peur de perdre leur seul emploi s’ils se plaignent, ce qui explique que les témoignages soient anonymes sur Twitter.

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Derrière ceux qui brisent le silence, plus de 300 000 livreurs

Ceux qui brisent le silence parlent pour une masse salariale énorme. En quelques années - et cela a été amplifié par la pandémie et les confinements - la classe moyenne Indienne est devenue accro aux applications de livraison. Zomato à elle seule fait appel à 200 000 livreurs, quand Swiggy, son concurrent direct, en emploie 160 000.

Zomato est une fierté indienne : en une dizaine d'années, la startup a dépassé les 10 milliards de valorisation et est présente dans 19 pays. Mais les travailleurs ne profitent pas vraiment de tout ce profit.

Droit du travail presqu'inexistant pour les livreurs

Alors que le droit du travail indien est déjà faible, il devient presque inexistant lorsqu’on parle de travailleurs sans contrat, comme c’est la règle avec les plateformes de livraison. La ministre des Finances a tenté de proposer un filet de sécurité pour ces employés numériques sans grand succès. Face aux critiques d’abus, c’est donc parole contre parole.

En attendant, le géant de la livraison Indien a réagi à la polémique. Il contredit les témoignages chocs affirmant, par exemple, qu’un livreur à plein temps gagne 250 euros par mois, que les prix de l’essence ont été pris en compte, ou encore que le plafond de son assurance santé a été augmenté.

Zomato vient également de sortir une campagne de publicité censée mettre à l'honneur ses travailleurs. On y voit des livreurs qui se retrouvent chez des stars mais préfèrent s’éclipser par sens du devoir… pour travailler plus. La réception a été assez mitigée.

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