Inde: exporter du blé pour pallier les pénuries liées à la guerre en Ukraine

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La Russie et l’Ukraine sont parmi les plus importants exportateurs de blé au monde et la guerre entre les deux pays a donc fait chuter ces échanges. Et cela commence à entraîner de graves pénuries alimentaires dans des pays qui en dépendent, qui se trouvent surtout en Afrique et au Moyen-Orient. Un pays aurait les capacités de venir à leur secours: c’est l’Inde. Et New Delhi a déjà commencé à en vendre aux pays qui souffrent de pénuries.

Avec notre correspondant à New Delhi,

L’Inde est un gigantesque pays avec d’énormes quantités à vendre. Le pays est en effet le deuxième plus grand producteur de blé au monde, après la Chine, mais tout est quasiment utilisé pour nourrir sa population d’1,3 milliard d’habitants. Du reste, le gouvernement assure un prix d’achat minimum de cette céréale, qui est généralement au-dessus des tarifs du marché mondial, donc les agriculteurs préfèrent le vendre au gouvernement qu’à l’étranger. Résultat, l’Inde produit 14% du blé mondial, mais ne compte que pour 1% des exportations. Et comme tout n’est pas mangé, une partie finit par pourrir dans les silos.

Mais cela est en train de changer rapidement du fait du conflit ukrainien, car la Russie et l’Ukraine sont à l’origine du quart des exportations de blé au monde, et une grande partie passe par la mer noire qui est au milieu de la guerre actuelle. Ces échanges sont donc à l’arrêt, et cela a fait monter les prix du blé de 40% depuis la fin février. À ce tarif, le blé indien est compétitif. Et par chance, l’Inde vient de connaître une récolte record de plus de 111 millions de tonnes.

Revente de blé à l’échelle mondiale

Le gouvernement redouble donc d’efforts pour vendre son blé, et cela commence à porter ses fruits. L’Égypte, premier importateur mondial de cette céréale, vient d’approuver l’Inde comme fournisseur majeur de blé. Le pays africain aurait besoin d’un million de tonnes de blé indien, dont 240 000 rien qu’en avril.

New Delhi discute également avec le Nigeria, l’Iran ou l’Indonésie, qui dépendaient du blé ukrainien jusqu’à présent. Les analystes estiment que l’Inde pourrait ainsi compenser jusqu’à 75% des baisses d’exportations causées par la guerre et le gouvernement indien se présente déjà comme le sauveur des pays du sud, en leur évitant une probable famine.

Une diplomatie du blé dont les retombées pourraient aussi bénéficier aussi aux agriculteurs indiens et à la balance commerciale du pays, évidemment.

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Des obstacles pourraient se présenter à terme

Une partie du blé indien n’est pas exporté à cause de sa faible qualité: il pousse en utilisant trop de pesticides, ou ne contient pas assez de protéines, par exemple. Ces défauts sanitaires peuvent être oubliés pour quelque temps, mais ne sont pas à négliger.

Du reste, les députés américains sont remontés contre l’Inde à cause des importantes subventions fournies aux producteurs de blé. Et ils avaient demandé au gouvernement de porter plainte auprès de l’organisation mondiale du commerce pour cela. Le Premier ministre indien vient de demander à Joe Biden de ne pas le faire, quand il lui a parlé en début de semaine.

Une trêve peut être scellée en ces temps de guerre ukrainienne, mais il ne faut pas oublier que le commerce international est une autre forme de bataille, et que les États-Unis cherchent aussi à vendre leur blé aux anciens clients de l’Ukraine et de la Russie.

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