Incertitude sur l'issue du référendum constitutionnel en Turquie

Un électeur turc vivant en Suisse vote dans le cadre du référendum constitutionnel au consulat turc à Genève. A moins de trois semaines du référendum constitutionnel en Turquie, l'incertitude règne sur l'issue de cette consultation destinée à changer le système de gouvernement du pays en renforçant les pouvoirs présidentiels. /Photo prise le 29 mars 2017/REUTERS/Denis Balibouse

ANKARA (Reuters) - A moins de trois semaines du référendum constitutionnel en Turquie, l'incertitude règne sur l'issue de cette consultation destinée à changer le système de gouvernement du pays en renforçant les pouvoirs présidentiels.

Deux hauts responsables du Parti de la justice et du développement (AKP), la formation islamo-conservatrice du président Recep Tayyip Erdogan, ont déclaré à Reuters qu'une enquête d'opinion financée par le parti donnait au début du mois le "oui" en tête avec 52% des intentions de vote.

Un mois plus tôt, les partisans de la réforme voulue par Erdogan étaient mesurées à 55-56% et, ajoutent ces deux responsables, l'AKP s'attendait à ce que la crise diplomatique qui a éclaté entre les autorités turques et les Européens n'accentue l'avance du "oui".

Les accusations virulentes lancées par Ankara après l'annulation, en Allemagne et aux Pays-Bas notamment, de meetings de campagne auxquels devaient participer des ministres turcs pour mobiliser les électeurs de la diaspora et la poussée nationaliste qui a suivi ne semblent pas avoir eu l'effet escompté par le camp du "oui".

Abdulkadir Selvi, éditorialiste pro-gouvernemental du quotidien Hurriyet, estime pourtant que cet accès de fièvre diplomatique favorisera bien le "oui". "La posture des Pays-Bas et de l'Allemagne devrait motiver les électeurs nationalistes en Turquie et dans la diaspora et faire gagner entre 1 et 1,5 point au oui", écrit-il jeudi.

Les Turcs sont appelés le 16 avril à se prononcer sur une modification majeure de la Constitution qui prévoit de remplacer le système parlementaire par un régime présidentiel, un changement qu'Erdogan justifie par la nécessité d'éviter la fragilité des gouvernements de coalition du passé et de donner à la Turquie la stabilité nécessaire face aux nombreux défis qui pèsent sur elle dans le domaine de la sécurité.

Ses opposants y voient un nouveau pas franchi dans une pratique autoritaire du pouvoir déjà illustré, disent-ils, par les purges massives qui ont suivi le coup d'Etat manqué de juillet dernier.

LE POIDS DES INDÉCIS

Parallèlement aux enquêtes privées, les sondages publiés décrivent eux aussi un paysage incertain.

Une étude de l'institut ORC, considéré comme proche du gouvernement, plaçait mercredi le "oui" confortablement en tête, avec 55,4% des intentions de vote mesurées entre les 24 et 27 mars dans près de la moitié des 81 provinces du pays.

A l'inverse, le sondeur Murat Gezici, dont l'institut Gezici a tendance à surpondérer l'opposition dans ses enquêtes, a confié à Reuters qu'aucun des 16 sondages que ses équipes ont menés au cours des huit derniers mois n'avait placé le "oui" en tête et, sur la foi des dernières études disponibles, il estime que le "non" réunit à ce stade entre 51 et 53% des intentions de vote.

"Jusqu'à présent, nous n'avons pas vu un seul de nos sondages qui ne donnait pas le vote 'oui' en tête. Mais nous voulons que la réforme constitutionnelle soit adoptée avec un pourcentage élevé pour élargir le consensus social", réplique le porte-parole de l'AKP, Yasin Aktay.

La forte disparité entre les différents sondages s'explique en partie par les sympathies politiques des instituts.

Mais elle est aussi le reflet de l'importance des indécis dans l'électorat, y compris parmi des fidèles de l'AKP qui rechignent à concentrer trop de pouvoirs entre les mains d'Erdogan.

En témoignent l'absence dans la campagne de l'ancien Premier ministre Ahmet Davutoglu et de l'ancien président Abdullah Gül, deux anciens poids lourds du parti d'Erdogan tombés en disgrâce qui n'étaient présents ni au lancement de la campagne officielle de l'AKP, fin février, ni au meeting organisé la semaine dernière par le successeur de Davutoglu, Binali Yildirim, qui réunissait d'anciens ministres et responsables du parti pour redynamiser la campagne en faveur du "oui".

(Ercan Gurses et Orhan Coskun avec Humeyra Pamuk et Daren Butler à Istanbul; Henri-Pierre André pour le service français)

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