Incendies dans le Var: comment mène-t-on l'enquête pour trouver l’origine d'un feu?

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Un pompier lutte contre le feu  dans les environs de Gonfaron (Var), le 17 août 2021 - NICOLAS TUCAT © 2019 AFP
Un pompier lutte contre le feu dans les environs de Gonfaron (Var), le 17 août 2021 - NICOLAS TUCAT © 2019 AFP

5000 hectares brûlés, 7000 personnes évacuées, une personne tuée, une vingtaine d’autres intoxiquées… Depuis trois jours, le plus gros incendie de l’été frappe la Côte d’Azur, nécessitant la mobilisation en continu de plus d’un millier de pompiers pour tenter de venir à bout des flammes.

En parallèle, un autre travail a déjà été enclenché: l’enquête pour déterminer l’origine de ce désastre, à la fois écologique et humain. S’agit-il d’un incendie accidentel ou volontaire? Un mégot de cigarette a-t-il fait naître le foyer? Pour tenter de répondre à ces questions, pompiers, gendarmes mais aussi agents de l'Office national des forêts (ONF) sont d’ores et déjà sur le terrain pour tenter de récolter le moindre indice significatif.

"Faire parler les cendres"

Bien souvent dans ce type d’incendie à grande échelle, la justice ouvre une enquête pour en déterminer les causes. Le parquet de Draguignan a justement ouvert une enquête à la suite de la mort d’une personne, dont le corps a été retrouvé dans sa maison incendiée sur la commune de Grimaud ce mercredi.

"Les forces de gendarmerie ont déjà dû engager un certain nombre d’enquêteurs pour trouver l’origine du feu", confirme sur notre plateau le Lieutenant-colonel Ludovic Pinganaud, ex-coordinateur de la cellule interministérielle de crise du ministère de l’Intérieur.

Ces enquêteurs sont membres d’une cellule interprofessionnelle, créée en 2003 dans le Var, nommée Vulcain puis rebaptisée depuis Recherche des causes et circonstances incendies (RCCI). Elle a pour mission de "faire parler les cendres."

Cette dernière s’appuie d’abord de l’expertise des primo intervenants, les pompiers, pour leur expérience du terrain mais aussi par l’ensemble des clichés aériens pris depuis le début du sinistre. À travers ces clichés, et en prenant en compte le vent et la topographie du lieu, les enquêteurs peuvent déterminer les mouvements et la cinétique des flammes.

Camping sauvage? Air d’autoroute?

Cette analyse s’appuie aussi sur les connaissances des agents de l'Office national des forêts (ONF), afin de décrypter la végétation du territoire touché, afin de comprendre pourquoi certaines parties ont brûlé, et d’autres non:

"Nous travaillons par exclusion", expliquait à BFMTV.com Guillaume Cognon, le chef du département environnement-incendies-explosifs à l'IRCGN. "L'idée n'est pas de ratisser toute la zone touchée par l'incendie mais elle est d'exclure les zones sur lesquelles l'incendie n'a pas pris."

La bonne maîtrise du territoire dans sa globalité est aussi nécessaire: y-a-t-il un lieu connu des autorités pour accueillir des amateurs de camping sauvage? Ou bien une aire d’autoroute à proximité? Dans ce second cas, les autorités procéderont à l’analyse des caméras de vidéo-surveillance de la station autoroute, afin d’identifier un éventuel geste de malveillance, tel qu’un jet de mégot de cigarette. Tous les potentiels témoins sont également entendus par les gendarmes.

Trace ADN

Une fois le feu maîtrisé et l’incendie éteint, les enquêteurs, aidés d’une équipe cynophile, procèdent à une fouille minutieuse des hectares brûlés, à la recherche d’un éventuel combustible, mégot de cigarette ou trace d’hydrocarbure par exemple. Avec une difficulté de taille: l’incendie a pu modifier le lieu de départ de feu, et détruit des preuves. Or:

"Il faut qu'il y ait ce qu'on appelle le triangle du feu", soulignait Guillaume Cognon. "Pour qu'un feu prenne, il faut un combustible, de l'oxygène et une source d'énergie."

En cas d’incendie criminel, une boîte d’allumettes, un briquet ou une bouteille de produit inflammable peut être retrouvée sur la scène. Tous ces indices sont envoyés aux laboratoires d'expertises de la police ou de la gendarmerie, dans l’espoir d’y déceler une trace ADN.

Article original publié sur BFMTV.com

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