Incendies en Gironde : une catastrophe écologique et une gestion des forêts à repenser

Les pompiers ont le plus grand mal à maîtriser les feux qui ravagent la Gironde depuis plus d’une semaine, et qui atteignent même désormais la côte landaise. Une catastrophe sans précédent pour la région dont les conséquences négatives sont nombreuses à court terme. Mais elle pourrait aussi permettre de mieux adapter la plus grande forêt artificielle d’Europe aux enjeux du réchauffement climatique.

Ces images ont fait le tour des réseaux sociaux. Les photos et vidéos des flammes visibles depuis certaines des plages les plus touristiques de la région des Landes ont marqué les esprits, dimanche 17 juillet.

Les incendies monstres qui ravagent la Gironde depuis sept jours se sont rapprochés à quelques kilomètres seulement de la célèbre et très touristique Dune du Pilat, ont confirmé les autorités départementales, lundi 18 juillet. La préfecture a d’ailleurs décidé d’interdire “la navigation sur la partie ouest du lac de Cazaux-Sanguinet” qui se trouve à à peine dix kilomètres de la dune.

“Bombe à carbone qui explose”

Mais ce n’est que la partie la plus visible de ces incendies qualifiés d’historiques pour la région par plusieurs médias, dont Le Monde.

Ces feux ont déjà ravagé 14 000 hectares de végétation en à peine une semaine. “Cela signifie que ces incendies, dans un seul département, ont brûlé près de la moitié de la surface qui est, en moyenne, ravagée par les feux chaque année sur tout le territoire [30 000 hectares]”, souligne Dominique Morvan, professeur de mécanique des fluides et spécialiste de la dynamique des feux à l’université d’Aix-Marseille.

La forêt des Landes est prise d’assaut par deux feux principaux à l’intensité exceptionnelle. Le premier, près du bassin d’Arcachon, s’étend sur un périmètre de 9 km sur 8 km et a déjà fait disparaître 4 200 hectares de végétation. Le deuxième, encore plus puissant, se propage davantage dans les terres, autour de la commune de Landiras, et a ravagé près de 10 000 hectares de forêts. Dans les deux cas, ces incendies dépassent de loin ce qu’on appelle en France un “grand feu, qui est caractérisé lorsqu’au moins 1 000 hectares ont brûlé”, précise Dominique Morvan.

Pour l’instant, l’urgence est à la protection des individus et des bâtiments menacés par les feux. Mais ce passage dévastateur des flammes dans les immenses pinèdes landaises laissera forcément des traces.

Il aura un impact sur la biodiversité, sur la qualité des sols, l’économie locale, et, potentiellement, sur le climat à l’instar des incendies qui ont ravagé l’Australie en 2021.

En effet, “si le réchauffement climatique explique pourquoi les feux de forêt sont toujours plus intenses et fréquents, ces incendies peuvent aussi, en retour, accélérer la hausse des températures”, rappelle Thomas Smith, spécialiste des feux de forêt et de leur impact sur le climat à la London School of Economics.

Lorsque des dizaines de milliers d’hectares de pinèdes partent ainsi en fumée, c’est une véritable “bombe à carbone qui explose”, reconnaît Jonathan Lenoir, chercheur au CNRS et spécialiste de la gestion des forêts. Les pins des Landes relâchent dans l’atmosphère tout le CO2 emmagasiné depuis des décennies.

Mais si cet effet a fait couler beaucoup d’encre à l’époque des feux en Australie, il sera moins marqué concernant les incendies en France… même si on y ajoute les autres feux qui se sont déclarés dans le sud de l’Europe ces derniers jours. “C’est sûr que cet apport net de CO2 dans l’atmosphère va avoir un impact, mais il sera non-mesurable” à l’échelle de toutes les autres émissions de gaz à effet de serre, note Jean-Baptiste Filippi, chercheur au CNRS qui participe au projet feux de forêt de l’université de Corse.

Un coût économique pour la région

Il se pourrait, cependant, que ces feux entraînent une hausse locale des températures à moyen terme. La multiplication des incendies fait que “ce sont les plantations les mieux adaptées qui vont survivre”, assure Jean-Baptiste Filippi.

Ce darwinisme forestier plaide pour que la végétation qui va repousser naturellement soit probablement de plus en plus de type méditerranéenne. Un paysage qui deviendrait alors plus proche du maquis du sud-est de la France, “qui procure moins de couvert végétal, évaporant moins d’eau et produisant donc moins de fraîcheur”, résume le chercheur de l’université de Corse.

La disparition de milliers de pins aura aussi, sans doute, “un coût économique”, avertit Dominique Morvan. La pinède landaise – qui couvre un million d’hectares et représente la plus grande forêt artificielle d’Europe – est exploitée depuis de décennies aussi bien par l’industrie papetière, l’industrie chimique, la menuiserie ou encore le secteur de l’énergie avec le développement de la biomasse.

“La perte économique va se calculer à la fois en nombre d’arbres détruits, mais aussi en termes d’impact touristique”, ajoute Dominique Morvan. Le pin des Landes est devenu un symbole international du sud-ouest de la France.

À cause des incendies, la région pourrait aussi être exposée à un risque accru… d’inondations. “Si vous avez de la végétation abondante, elle va absorber l’eau de pluie, mais lorsque la terre est sèche, il y a un risque de lessivage des sols, c’est-à-dire que l’eau n’est pas absorbée et entraîne le sol avec elle”, résume Dominique Morvan.

Les dangers des monocultures forestières

Les perspectives à court terme sont donc assez sombres. Mais sur un temps beaucoup plus long – environ un demi-siècle – “ces incendies peuvent représenter une opportunité”, assure Thomas Smith. Le défaut de la pinède face aux risques d’incendie est “qu’il s’agit d’une monoculture décidée à une époque [avant les années 1970, NDLR] durant laquelle la question du réchauffement climatique était absente des débats”, ajoute Jonathan Lenoir.

Les forêts avec un seul type de plantation “sont celles où les feux se propagent le plus vite, ce qui signifie que la pinède des Landes a toujours été une boîte d’allumettes qui n’attendait que l’étincelle du réchauffement climatique pour prendre feu”, ajoute le chercheur du CNRS.

Ce dernier espère que les feux de 2022 entraîneront une prise de conscience des décideurs afin d’intégrer un peu de diversité dans ces forêts. “On paie aujourd’hui les pots cassés des erreurs de la gestion de la forêt dans le Sud-Ouest”, regrette-t-il.

Pour repartir sur de bonnes bases plus résilientes, “il convient de promouvoir des plantations plus hétérogènes, quitte à laisser la forêt repousser naturellement”, conclut Jonathan Lenoir.

Mais on peut aussi avoir une gestion des forêts plus intelligente, assure Thomas Smith. Ainsi, “au Royaume-Uni, il y a des propositions très bien documentées pour entourer, par exemple, les forêts de pins de plantations de conifères, qui sont plus résistants aux feux”, note-t-il.

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