Incendies en Amazonie : qui est vraiment responsable ?

Le président du Brésil Jair Bolsonaro insinue que des ONG auraient pu allumer les incendies qui ravagent l’Amazonie. Les défenseurs du climat ont un autre coupable : sa politique de déforestation.

L’accélération de la déforestation de l’Amazonie coïncide avec l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, président d’extrême-droite, en octobre 2018. Depuis le début d’année, 72 843 feux ont été détectés, soit une hausse de 155% par rapport à la même période l’an dernier, selon des chiffres de Greenpeace. Entre janvier et juin, plus de 4 700 km2 de forêts auraient été détruits.

Pour l’ONG Greenpeace, il y a un lien direct entre les incendies et l’arrivée au pouvoir du président brésilien. “Les premiers responsables, ce sont Jair Bolsonaro et son gouvernement, qui ont mis en place une politique de l’agro-business. C’est la principale cause de déforestation au Brésil”, nous explique Clara Jamart, responsable des campagnes forêts et agriculture pour Greenpeace.

“La plupart des incendies sont volontaires”

Jair Bolsonaro, climatosceptique et proche du lobby des grands propriétaires terriens, autorise la déforestation pour faire place à des pâturages, des cultures de soja notamment.

“La plupart des incendies qui touchent l’Amazonie sont volontaires, pour créer de nouvelles parcelles. Mais le Brésil est en période de sécheresse, et ces incendies, volontairement allumés, sont parfois difficiles à contrôler et peuvent se propager”, nous éclaire Clara Jamart.

Bolsonaro accuse les ONG “d’actions criminelles”

Face à ces accusations visant sa politique, Jair Bolsonaro a riposté, et trouvé un autre coupable. “Il pourrait s'agir, oui, il pourrait, mais je ne l'affirme pas, d'actions criminelles de ces "ONGéistes" pour attirer l'attention contre ma personne, contre le gouvernement brésilien. C'est la guerre à laquelle nous sommes confrontés”, a dénoncé le président ce mercredi 21 août.

Des arguments qui n’étonnent pas Greenpeace : “Si cela n’était pas dramatique ,ce serait risible. C’est complètement délirant, mais cela va dans le sens de sa politique”, ajoute Clara Jamart.

Le soja, responsable indirect des incendies

Mais Jair Bolsonaro n’est pas le seul responsable de ces incendies aux yeux de l’ONG. L’Europe importe chaque année 33 millions de tonnes de soja, dont 87% sert à nourrir le bétail. Or, ce soja est cultivé sur les terres rognées sur l’Amazonie.

“C’est la déforestation importée. Le soja brésilien est produit dans des conditions sociales et environnementales déplorables. Notre système d’élevage est en cause, il faudrait nourrir le bétail avec des produits locaux”, ajoute la responsable des campagnes forêts et agriculture pour Greenpeace.

“Détruire l’Amazonie, c’est contribuer au réchauffement climatique”

La déforestation de l’Amazonie et les incendies qui ravagent aujourd’hui la forêt sont un problème qui ne concerne pas seulement le Brésil. La forêt est surnommée “le poumon vert” de la Terre, elle absorbe 14% du CO2 atmosphérique : “Détruire l’Amazonie, c’est contribuer au réchauffement climatique. C’est une solution pour l’ensemble de l’humanité face au réchauffement, et on continue malgré tout à la détruire”, plaide Clara Jamart.

La politique de déforestation de Jair Bolsonaro a déjà fait réagir à l’international. La Norvège et l'Allemagne ont décidé cette année de priver le Brésil de leurs subventions pour l'Amazonie. Un premier pas, pour Greenpeace, mais loin d’être suffisant. “C’est un signe, mais insuffisant. Il faudrait dire stop à l’accord commercial avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Venezuela.), et surtout arrêter l’importation de soja du Brésil, qui contribue à la déforestation”, conclut Clara Jamart, responsable des campagnes forêts et agriculture pour Greenpeace.