Incendie d'un temple hindou au Pakistan: les policiers ont été "lâches"

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Un temple hindou le 31 décembre 2020, au lendemain de son incendie par une foule fanatique dans le district de Karak, 160 km au sud-est de Peshawar au Pakistan

Les policiers qui ont laissé fin décembre des centaines de personnes mettre le feu à un temple hindou dans le nord-ouest du Pakistan sans intervenir ont fait preuve de "lâcheté et négligence", a estimé mardi le chef de la police provinciale.

Quelque 1.500 musulmans, courroucés par de récentes rénovations dans un bâtiment adjacent appartenant à des hindous, avaient attaqué et incendié le 30 décembre ce temple situé dans le district de Karak, à environ 160 km au sud-est de Peshawar, capitale de la province du Khyber Pakthunkhwa.

"Il y avait 92 policiers sur place, mais ils ont fait preuve de lâcheté et de négligence", a déclaré devant la Cour suprême à Islamabad le chef de la police de la province, Sanaullah Abbasi. Il a ensuite précisé à la presse que 12 de ces policiers avaient été suspendus.

Les manifestants étaient restés calmes jusqu'à ce qu'un discours d'un religieux local, Molvi Shareef, qui avait contribué à la destruction du même temple dans des circonstances similaires en 1997, n'attise leur colère, a-t-il observé.

Le président de la Cour suprême, Gulzar Ahmed, a déploré "l'impunité" dont avait bénéficié la foule, qui a détruit les murs du temple avant d'y mettre le feu.

Dans une initiative sans précédent, la Cour a demandé aux autorités de lui soumettre un rapport sur l'incident.

Par le passé, les incidents du même type ont le plus souvent été occultés, la police refusant d'enquêter de peur de déclencher la fureur des intégristes musulmans.

Les discriminations à l'encontre des minorités religieuses sont habituelles au Pakistan, où les musulmans représentent 97% de la population et les hindous à peine 2%.

Les hindous n'ont plus habité dans cette région depuis la partition de l'Inde en 1947 et la création du Pakistan. Mais des fidèles hindous se rendent de temps à autre dans ce temple et sur la tombe de leur saint Shri Param Hans Ji Mahaaraj, mort selon eux dans le village en 1919.

Le gouvernement provincial a annoncé qu'il paierait pour la restauration du temple. Mais la Cour suprême a estimé qu'il revenait aux personnes ayant causé les dégâts de les rembourser.

La police a indiqué à la Cour avoir procédé à 109 arrestations, dont neuf de personnes soupçonnées d'avoir incité au désordre.

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