Pourquoi Rouen inquiète encore en matière d’accident industriel ?

This handout photograph taken and released by the local firefighter department, the
HANDOUT / AFP This handout photograph taken and released by the local firefighter department, the "Service departemental d'incendie et de secours (SDIS 76)", on January 16, 2023, shows French firefighters working as smoke from on an overnight fire elevates from an industrial building belonging to Bollore Logistics, in Grand-Couronne, south of Rouen, northern France. - A Bollore Logistics industrial warehouse housing lithium batteries caught fire, sparking an emergency operation manned by around 100 firefighters and 30 vehicles, reports head of Seine-Maritime fire service press relations head Guillaume Casada. (Photo by Handout / SDIS76 / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / SDIS76" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

ENVIRONNEMENT - Des flammes de plusieurs mètres de hauteur, un panache de fumée dense et acre, et tout autour des dizaines d’hommes qui s’affairent. Les images du site de Bolloré Logistics de Grand-Couronne, près de Rouen, ont rappelé lundi 16 janvier à de nombreux habitants de la métropole l’incendie de l’entrepôt Lubrizol.

Si le feu qui a touché en 2019 ce site classé seuil Seveso haut reste bien vivace dans les mémoires locales c’est qu’il illustre l’importance de la question des risques industriels dans le grand Rouen. La Normandie compte une centaine de sites Seveso (57 à seuil haut, 47 à seuil bas), dont plus d’une quinzaine sont situés dans la zone au sud de Rouen.

La plupart sont installés autour de Grand et Petit Quevilly, et de Grand et Petit Couronne, comme vous pouvez le voir sur la carte ci-dessous. Elle a été réalisée à partir des données du site Géorisques émanant du gouvernement et qui compile notamment des informations sur les infrastructures classées pour la protection de l’environnement(ICPE).

En bleu les seuils Seveso bas, en rouge les seuils Seveso haut

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Parmi les sites particulièrement suivis se trouvent celui de Boréalis qui stocke des tonnes de nitrate d’ammonium, la matière au cœur de l’explosion du port de Beyrouth en 2020, mais aussi les terminaux Rubis, les sites de Butagaz, de Maprochim, de Bolloré Logistics ou encore de la Seraf.

Au-delà du nombre de sites, ce qui peut inquiéter c’est aussi la proximité entre eux. Si un incident sur l’un devait se propager à l’autre ou aux nombreuses autres entreprises du secteur, il y aurait de quoi générer un véritable cocktail explosif et mortel.

Interrogé par France 3 en octobre dernier, l’expert en risques industriels, Paul Poulain n’hésitait pas à parler de « l’une des zones les plus dangereuses de France avec la vallée du Rhône et la plateforme de Lavéra dans les Bouches-du-Rhône ». Surtout l’expert pointait du doigt la présence de zones d’habitations situées très près des sites en question, avec à la clef la possibilité de pertes humaines en cas d’incident.

Comme le montre à nouveau la carte ci-dessous, c’est tout un réseau d’installations classées (ICPE) qui suit la Seine et enserre toute une zone habitée.

L’ensemble des installations classées au sud de Rouen
L’ensemble des installations classées au sud de Rouen

Des évolutions depuis Lubrizol ?

L’incendie de 2019 a marqué les esprits de la population mais aussi ceux du politique. Le préfet de la région assurait en octobre dernier que le nombre de contrôle de la DREAL a augmenté. « Deux décrets, huit arrêtés et énormément de normes ont évolué : compartimentage, interdiction de certains emballages, renforcement des moyens anti-incendie et des capacités de rétention, fournitures des rapports d’assurances privés à l’administration », listait-il également. Suffisant ? Dans une enquête, Libération a montré que les effectifs de contrôle n’ont pas augmenté et que ces derniers, même s’ils sont plus nombreux, passent moins de temps sur site.

En matière d’alerte en revanche, il y a du mieux. La Métropole Rouen Normandie (MRN) a mis en place un nouveau système d’alerte par SMS spécifique à la région et avant celui, similaire, que l’État a lancé. « L’événement [de 2019] a rappelé à chacun l’inadaptation du système d’alerte à la population par sirènes lors d’un accident industriel. Si tous les habitants de la Métropole pouvaient voir le panache de fumée, l’information sur la gravité de la situation n’était pas suffisante. Il est primordial que les populations reçoivent, en même temps que le signal, des informations sur la nature de l’événement et les consignes à appliquer », ont expliqué Nicolas Mayer-Rossignol et Charlotte Goujon, respectivement président et vice-présidente de la métropole.

De quoi répondre aux inquiétudes habitants ? Dans une étude lancée d’avril à octobre, toujours par la MRN l’année dernière, 57% des répondants disaient ne pas connaître les consignes de sécurité. L’étude assure que si « la conscience du danger est bien présente chez les populations rencontrées [...] on constate que le danger est refoulé et une forme de fatalisme s’est installée ». Les conclusions estiment même que les riverains sont plus attentifs aux nuisances quotidiennes qu’aux risques majeurs.

Si le sociologue qui a participé à l’organisation de cette étude assure avoir travaillé en toute indépendance, Mediapart a récemment rappelé que l’enquête en question avait été pilotée par l’ISCI (Institut pour une culture de sécurité industrielle). Il s’agit d’une association créée après l’accident d’AZF à Toulouse et qui compte parmi ses adhérents des entreprises comme Air Liquide, BASF, TotalEnergies, ou encore France Chimie.

Pour l’Association des sinistrés de Lubrizol, cette étude -qu’elle juge réalisée par le « McKinsey de la pollution »- c’est une façon de faire primer la culture du risque plutôt que celle de la sécurité. L’Union des victimes de Lubrizol déplore, elle, que contrairement à une promesse du gouvernement, les rapports d’inspection des sites Seveso ne figurent pas sur le site Géorisques. Il y a le feu à mieux faire.

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