Improvisations à Téhéran

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Courrier international : Le Regard est-il votre dernier film sur l’exil, une thématique qui vous est chère ?
Sepideh Farsi : J’en ai fini avec cette période, l’Iran du début des années 1980, celle des vagues d’arrestations politiques, qui correspond à l’époque où j’ai quitté l’Iran. J’avais besoin de régler des comptes émotionnels, culturels, politiques. La boucle personnelle est bouclée. Mais reste que l’exil est sans doute un thème que je ne vais jamais cesser de traiter.

L’un de vos personnages, dans Le Regard, raconte que, ayant quitté l’Iran au début des années 1980, celui qui revient après vingt ans d’exil ne peut comprendre ce qui s’est passé pendant son absence et ce que le pays est devenu.
Il est certain qu’il y a une distance et que l’on n’est plus jamais complètement admis, on vit ailleurs. C’est un fait. Ce qui se produit dans le film [le héros rentre en Iran après vingt ans d’exil] est assez proche de mon vécu. Les gens nous regardent comme si nous ne pouvions pas comprendre la réalité du pays. Mais on a peut-être un recul qu’ils n’ont pas. Ce film traite aussi d’autres thèmes : du tabou de l’amour, de la trahison amoureuse, de la subjectivité, du handicap physique aussi. J’ai surtout voulu dire la difficulté de juger les gens. Dans le film, la femme, Forough, reste en Iran, elle va en prison. Elle demeure intègre, alors qu’Esfand, l’homme, fuit, il est plus lâche. Il revient en Iran avec des velléités de vengeance, il veut tuer l’homme qui l’a dénoncé.

Dans Le Voyage de Maryam, la jeune femme rentre également en Iran, qu’elle a quitté depuis vingt ans, à la recherche d’un père qu’elle ne connaît pas.
Oui, elle part à la recherche de son père, mais aussi de ses origines. Dans sa quête, Maryam retrouve son pays. Dans ce film, j’ai fait beaucoup de choses, montage, réalisation, actrice. Je tiens moi-même la caméra, c’était important d’être près des gens que je filmais. Il fallait que l’attention soit tournée vers moi, c’est pour ça que je voulais tenir moi-même la caméra, pour que mon regard se confonde avec celui de la caméra. Le film est une suite de rencontres avec les gens dans les rues de Téhéran, où je montre la photo du père. Certaines scènes avaient été répétées, mais personne n’est acteur professionnel. Beaucoup d’autres scènes ont été improvisées. Dans ce film, on ne voit jamais Maryam. Je ne voulais pas la montrer avec un foulard, ni sans, pour des raisons de censure.

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