"Impressionnés", des enfants "protégés" animent à Matignon un conseil des ministres dédié

"Impressionnés" par les ors de Matignon mais fourmillant de propositions, une vingtaine d'enfants de l'aide sociale à l'enfance ont exposé lundi leurs idées sur l'environnement, la santé ou l'école à Elisabeth Borne et à plusieurs ministres, lors d'un conseil dédié.

"Aujourd'hui, mes ministres, c'est vous. C'est vous qui allez me donner des idées", a déclaré la Première ministre en ouvrant ce conseil des ministres des enfants "protégés", organisé au lendemain de la Journée internationale des droits de l'enfant du 20 novembre, et qui a été suivi par un comité interministériel à l'Enfance.

"Chacun de vous a été confronté très tôt à beaucoup de difficultés (...) mais aujourd'hui vous représentez tous les enfants de France", a-t-elle salué.

Cette rencontre intervient alors que les services de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) sont confrontés à de grandes difficultés.

La Défenseure des droits Claire Hédon s'est saisie mi-novembre de cette question, déclenchant une enquête contradictoire dans le Nord et la Somme où la situation est particulièrement délicate, tout en tirant la sonnette d'alarme sur "le manque criant" de moyens pour la quasi-totalité du territoire.

Le président Emmanuel Macron avait déjà accueilli fin 2017 à l'Elysée, avec l'Unicef, un conseil des ministres des enfants.

"Ca m'impressionne parce que c'est grand et c'est la première fois de ma vie que je fais ça", confie Ryan, 11 ans, devant son chocolat chaud servi dans un grand salon de Matignon. Un accueil apprécié par les enfants, âgés pour la plupart de 8 à 12 ans, venus de Bordeaux, Nantes ou Lille.

Pour Charlotte Caubel, secrétaire d'Etat à l'Enfance, il est "important de donner la parole aux enfants qu'on entend le moins", qui "ont subi des violences" ou "ont des parcours compliqués".

- Ateliers -

Plusieurs d'entre eux vivent dans des maisons d'enfants à caractère social (MECS) où ils ont été placés par décision judiciaire.

Cette journée est "l'occasion de faire entendre leur parole sur les problématiques de tous les jours mais aussi faire remonter leurs difficultés du fait de leur situation", explique Delphine Babel, directrice d'une de ces maisons en Meurthe-et-Moselle, qui accompagne deux d'entre eux.

Pendant qu'Elisabeth Borne reçoit à l'étage son ministre délégué des Relations avec le Parlement Franck Riester, les enfants se réunissent en petits groupes dans les salons du rez-de-chaussée pour élaborer des propositions sur cinq thèmes: l'école, l'environnement, la santé et le handicap, l'accès à la culture et au sport, et le numérique.

"Je préfère être en retard à mon travail que de polluer" avec la voiture, dit Warrick, 12 ans, à l'atelier environnement. "L'argent, c'est polluant quand les gens achètent plein de choses", abonde sa voisine Mérédith, 14 ans.

A l'atelier sur l'école, Clarisse, 11 ans, en CM2 à Bordeaux, qui a subi des moqueries pour son physique, demande qu'on fasse "plus attention aux bagarres" dans la cour.

Interne en maison spécialisée, Muhammed Ali, 12 ans, ne sait pas bien écrire et demande à l'éducatrice de mettre sur le papier ses revendications. Pour l'école, "on aimerait bien changer les conditions de travail", des toilettes propres, "faire des activités sportives, plus de langues et plus d'expériences".

- Qatar -

A la grande table du conseil fictif, huit ministres ont pris place entre les enfants. Grégory 10 ans, qui vient du Rheu, près de Rennes, trouve que les terrains de foot au Qatar "en plein désert, ça pollue énormément. Si je serais ministre (...) j’aurais dit de reporter les matchs en 2023 pour qu’ils soient (organisés) ailleurs".

La ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra lui promet qu'"à l'avenir, on veut que les grands événements prennent des engagements" sur l'environnement et rappelle que la France veut "diviser par deux" ses émissions de carbone aux JO 2024.

Aby Diop, 16 ans, réclame, lui, "des amendes" pour les parents qui mettent leurs enfants devant des écrans avant 3 ans.

Sarah El Hairy, qui représente le ministre de l'Education Pap Ndiaye, leur propose de devenir "ambassadeurs" contre le harcèlement, y compris cyber.

Sur la santé, Kelyah, 12 ans, suggère à l'école, "plus d’arbres, plus de sport et... une journée par an en pyjama". "Très bonne idée!", estime le ministre de la Santé François Braun.

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