Impasse

Libération.fr

Ce qui se joue sous nos yeux n’est pas une «comédie», comme l’évoquait dimanche François Fillon, c’est une tragédie grecque, avec ses péripéties, ses coups de théâtre, cette tension nourrie par l’hybris, sentiment violent découlant de l’orgueil qui, non refréné, menace l’équilibre tout entier de la cité. Le spectacle serait fascinant - il est fascinant - si les enjeux n’étaient si graves. Le discours du Trocadéro restera sans doute dans l’histoire comme celui d’un homme seul ou presque face à son dernier carré de fidèles, cinglé par la pluie et décidé à garder coûte que coûte le pouvoir, quitte à pulvériser son propre camp à coups de diatribes rageuses. Dimanche, Fillon a joué son va-tout. Jetant ses dernières forces dans la bataille et utilisant sa femme comme un bouclier ; délivrant un discours où s’entremêlaient combat et contrition. Modéré avec la justice, comme s’il tentait encore de préserver un semblant de posture présidentielle («je me suis souvent raffermi en me disant que le jour où je serais reconnu comme innocent par une justice dont je ne désespère pas, […] mes accusateurs trop rapides auraient honte à leur tour»), mais haineux vis-à-vis de celles et ceux qui, depuis quelques jours, le lâchent. Dénonçant «la fuite en canard d’un camp vers un autre, la désertion assumée, sans honte», il a fait huer sans les citer - sous les yeux du sarkozyste François Baroin, à ses côtés à la tribune -, les quelque 285 élus LR qui, depuis quatre jours, se désolidarisent, persuadés qu’il n’est plus en mesure de gagner des élections qu’ils considéraient comme «imperdables».

A quarante-neuf jours du premier tour de la présidentielle, la droite est dans une impasse. Que Fillon se maintienne envers et contre tout, et elle n’est plus sûre d’être au second tour tant l’homme est discrédité. Qu’elle tente de le remplacer par un modéré comme Juppé, et les plus radicalisés iront gonfler les rangs du FN. Qu’elle se choisisse pour héraut un représentant de la droite dure, et les plus (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Face aux enquêteurs, une défense évasive pour les Fillon
A République, c'était le bruit des casseroles
Le Trocadéro contre «l’acharnement du pouvoir, des médias et du politiquement correct»
Dans le rétro 1995
«Je suis tombé de ma chaise quand j’ai appris que Macron proposait […] la liberté de recruter des enseignants.»

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages