Immeubles effondrés rue d'Aubagne: le bailleur social Marseille Habitat mis en examen

Justine Chevalier
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Vue des deux immeubles effondrés rue d'Aubagne à Marseille, le 5 novembre 2018 - Loic AEDO © 2019 AFP
Vue des deux immeubles effondrés rue d'Aubagne à Marseille, le 5 novembre 2018 - Loic AEDO © 2019 AFP

C'est un drame qui a mis en lumière le logement insalubre dans la deuxième ville de France. Quasiment deux ans jour pour jour après l'effondrement de deux immeubles dans la rue d'Aubagne à Marseille, le bailleur social Marseille Habitat a été mis en examen mardi par les juges d'instruction en charge de l'enquête. Il s'agit de la première mise en cause dans ce dossier.

Marseille Habitat, propriétaire de l'immeuble au 63 de la rue d'Aubagne, a été mis en examen pour "homicides involontaires par violation délibérée d'une obligation de sécurité", alors que huit personnes ont trouvé la mort dans l'effondrement des numéros 63 et 65 de la rue d'Aubagne le 9 novembre 2018. La société d'économie mixte de la ville de Marseille a également été mise en examen pour "blessures involontaires et mise en danger de la vie d'autrui".

Les trois juges d'instruction, nommés après l'ouverture d'une information judiciaire pour "homicides involontaires aggravés par violation manifestement délibérée d'une obligation de prudence ou de sécurité", ont réclamé deux expertises. La première, dont les conclusions ont été rendues en septembre 2019, reprenait tout l'historique des immeubles depuis leur construction au XVIIe siècle.

"Manque d'entretien"

La seconde a été menée par deux experts parisiens, pour éviter tout conflit d'intérêts, qui dans leur plus de 450 pages de rapport rendu cet été, expliquent comment et pourquoi ces deux immeubles se sont effondrés. Le numéro 65 s'est d'abord effondré sur lui-même à cause de la rupture d'un pilier situé au rez-de-chaussée. Cet effondrement a entraîné celui de l'immeuble au 63 de la rue d'Aubagne puis une partie du numéro 67.

"Les experts ont révélé un manque d'entretien qui a conduit au drame, résume Me Brice Grazzini, l'avocat de trois familles de victimes. L'entretien mené sur ces immeubles n'allait pas dans le bon sens. Par exemple, il y a eu un renfort de façade qui a affaibli la structure de l'immeuble."

"Symbolique" pour les victimes

Il s'agit de la première mise en examen dans ce dossier, d'autres pourraient suivre avec la mise en cause de la responsabilité de personnes physiques. Marseille Habitat et la mairie de Marseille ont également la possibilité de réclamer des contre-expertises, que le juge peut ou non accepter.

"Cette première mise en examen est symbolique pour les familles de victimes, estime Me Grazzini. Elle va permettre de tirer le fil et faire émerger d'autres responsabilités."

Marseille Habitat a réagi dans un communiqué à cette mise en examen. "J’ai fait part de notre intention pleine et entière de coopérer pleinement avec la justice pour faire toute la lumière sur ce drame", a écrit dans un communiqué la nouvelle présidente de cette société d’économie mixte, Audrey Gatian, adjointe à la maire de Marseille, en charge de la politique de la ville , qui n'était pas élue au moment du drame. La maire de Marseille, contactée, a indiqué ne pas communiquer sur une instruction en cours.

Article original publié sur BFMTV.com