Immeubles effondrés à Lille: pourquoi un bâtiment en vient-il à s'écrouler?

Immeubles effondrés à Lille: pourquoi un bâtiment en vient-il à s'écrouler?
Les gravats rue Pierre-Mauroy, à Lille.  - Sameer al-Doumy
Les gravats rue Pierre-Mauroy, à Lille. - Sameer al-Doumy

Deux immeubles se sont effondrés aux 42 et 44 de la rue Pierre-Mauroy à Lille samedi au petit matin. L'événement a coûté la vie à un psychiatre. Et ce bilan déjà dramatique aurait pu être bien plus lourd sans la prescience de trois étudiants colocataires.

L'incident n'a de surcroît rien d'isolé. On se souvient de l'écroulement de la rue de la Rousselle à Bordeaux en juin 2021 - à l'issue duquel on n'avait heureusement déploré que trois blessés -, et surtout celui de ces immeubles de la rue d'Aubagne, à Marseille, emportés par leur vétusté en novembre 2018 et qui avait fait huit morts.

Pour se prémunir de ces catastrophes, il convient d'en établir les causes. Tandis qu'à Lille, les experts s'activent déjà - La Voix du Nord a évoqué la découverte de gravats en forme de V pointant vers la défaillance d'un mur porteur unique et commun aux deux édifices -, des spécialistes ont détaillé sur BFMTV les facteurs favorisant ces effondrements.

Ancienneté et infiltrations

"C’est dû à l’ancienneté souvent", a observé Boris Weliachew, architecte et expert en risques majeurs. S'appuyant sur l'exemple lillois, il a approfondi: "Il s’agit d’un bâtiment en maçonnerie, et la brique ou la pierre peut se détériorer, comme le mortier qui s’altère avec le temps. Ce qui fait que la structure se fragilise".

Son confrère, et cofondateur de la Fondation 'Architectes de l’urgence', Patrick Coulombel, a cependant nuancé: "Il faut être clair: l’effondrement d’un bâtiment comme celui-ci ne s’explique pas forcément par une seule cause, il peut y en avoir plusieurs". "Je n’excluerais pas la probabilité d’infiltrations, de fuites d’eau", a-t-il ainsi ajouté.

"Quand vous avez des bâtiments anciens – ou dans les bâtiments en général – les gros problèmes que l’on a sont souvent dus à des infiltrations qui peuvent venir de la toiture ou des réseaux. D'autre part il faut évoquer la problématique liée au sol, les problèmes d’affaissement de sol", a encore posé Patrick Coulombel. L'architecte, qui est également expert judiciaire, a d'ailleurs fixé l'agenda de ses collègues dans le Nord:

"Il faudra au moins une étude de sol pour voir quelle était la stabilité, quel était le type de sol dans la partie inférieure, faire une reconnaissance éventuelle des fondations pour voir si le problème ne se situait pas là et faire d’autres investigations".

Des travaux peuvent préciter un effondrement

Aucune des raisons mentionnées, pourtant, ne tient de la fatalité. Après tout, il peut suffire de travaux pour éloigner le risque d'effondrement. Sauf que le bât blesse aussi à ce niveau, car il arrive que les travaux précipitent la tragédie au lieu de l'empêcher. C'est ici que se pose la question des responsabilités. Le propriétaire est souvent scruté après un tel drame mais il n'est pas forcément le seul acteur susceptible d'être sur la sellette.

Charles Bohbot, avocat spécialisé dans le droit de la copropriété et de la construction, l'explique ainsi sur notre antenne: "L’expertise judiciaire doit avoir le temps (de déterminer la responsabilité, NDLR). Il peut y avoir des architectes intervenus lors de travaux, il peut y avoir des travaux irréguliers faits par les occupants".

"On a un sujet mais on a aussi un sujet de moyens: qui va prendre en charge ces travaux lourds?" a encore souligné le conseil.

Quand les travaux ne sont pas faits

Une prise en charge contrariée qui engendre encore une embûche supplémentaire: ces travaux que l'on ne fait pas. Patrick Coulombel a vu ça de près: "Dans les copropriétés, personne ne veut faire les travaux. Ils sont votés démocratiquement et puis la démocratie dit ‘finalement non, on ne va pas faire les travaux maintenant’ on reste sans travaux. Si les gens n’ont pas les moyens non plus, c’est un vrai sujet."

Parfois, on sait pourtant très bien à quelles mains revient la patate chaude. Encore faut-il que l'intéressé se sente concerné. "Il y a une donnée fondamentale: êtes-vous propriétaire? Et le propriétaire est-il ou non occupant? Je vous garantis que les propriétaires qui ne sont pas occupants font beaucoup moins de travaux que ceux qui occupent", constate encore Patrick Coulombel.

Autant de problèmes qu'Olivier Klein, ministre délégué chargé de la Ville et du Logement, va toucher du doigt lors de son déplacement à Lille ce lundi.

Article original publié sur BFMTV.com