Ils ont dit stop au "travel bragging", l'art d'afficher nos voyages sur les réseaux sociaux

Après avoir posté leurs photos de voyages au bout du monde durant de nombreuses années sans réfléchir, ces adeptes des réseaux sociaux ont décidé de lever le pied. Ils nous expliquent ce qui a motivé leur remise en question.

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Il y a quelques mois encore, Athénaïs postait des photos de toutes ses vacances sur ses réseaux sociaux. Mais tout a changé lorsqu'elle est tombée sur une étude de 2017, indiquant que cette habitude pouvait causer de la souffrance chez autrui, surtout sur Instagram. “Le fait d'avoir la confirmation que certains dépriment devant les photos de vacances postées par d'autres utilisateurs m'a fendu le cœur”, explique la jeune femme, qui s'est alors remise en question : “À quoi bon afficher sa mine dorée à Bali devant des gens qui n'ont pas la chance de s'y rendre ?”.

“Je me suis interrogée sur mes réelles motivations à poster”

En période de vacances, les inégalités sociales se font criantes. “Tout le monde ne part pas. Il faut quand même avoir à l'esprit que ceux qui le font sont des gens aux revenus moyens à élevés”, rappelle le sociologue Olivier Galland. En 2018, 34% des Français n'ont en effet pas eu la chance de voyager, selon le 17ème baromètre sur les pratiques touristiques des Français du cabinet Raffour interactif, soit quasiment 1 Français sur 3 !

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Solal en fait partie. Au chômage depuis de nombreux mois, le trentenaire vient de supprimer son compte Instagram, tant la vantardise des vacanciers commençait à lui peser. “J'en ai eu marre que les gens me jettent leur bonheur au visage”. Le pire à ses yeux ? Les photos de plages de sable fin qui lui donnaient beaucoup trop envie. Mais le jeune homme fait tout de même la distinction entre les types de post partagés. Il y a selon lui d'un côté “les m'as-tu vu ?”, et de l'autre, les partages d'expériences plus altruistes. Athénaïs, a elle tenté de rectifier le tir à ce sujet. “Je me suis interrogée sur mes véritables motivations à poster des photos de voyages”, raconte-t-elle. “Et aujourd'hui, je ne le fais que quand cela peut ouvrir une fenêtre sur un coin méconnu du monde, des connaissances culturelles, des moments insolites etc”.

Partager, mais pas se vanter

L'année dernière, elle n'a d'ailleurs partagé aucune photo de son voyage à Marrakech : “Tout le monde a déjà vu mille fois les mêmes photos de souks, alors je ne voyais pas l'intérêt, à part de dire 'moi aussi j'y suis allée'“. Mais elle ne s'est pas privée de publier des clichés de Beyrouth où elle a séjourné quelques semaines plus tôt : “Je savais que beaucoup de gens qui me suivent seraient curieux de voir à quoi la ville pouvait ressembler. J'ai d'ailleurs tenu à la montrer telle qu'elle était vraiment, avec ses bars et restaurants splendides, mais aussi ses façades criblées de balles et ses installations électriques approximatives”. De la photo informative et réaliste, et non de la poudre aux yeux.

Car contrairement à elle, nombreux sont les voyageurs à enjoliver la réalité. 49% des Français retouchent leurs photos de vacances et 63% des 25-34 ans utilisent des filtres pour les sublimer, selon une récente étude réalisée par One Poll pour le compte d’eDreams Odigeo. La course aux like pousse même 44% des Français à choisir leur destination en fonction notamment de son potentiel “instagrammable”. Et le chiffre grimpe à 59% chez les 25-34 ans.

Des “Instagram husband” au bord de la crise de nerfs

Mais peut-on encore parler de vacances lorsque l'on passe toute la journée connecté ? Sylvain est convaincu que non. Après s’y être adonné pour faire rêver les filles lorsqu'il était célibataire, le Nantais de 28 ans a rejeté le concept de “photos de vacances Instagram” : “Ça prend énormément de temps et casse le mouvement. Tu oublies d'observer le paysage et tu t'émerveilles moins !”, affirme-t-il. En couple par le passé avec une vraie addict des réseaux sociaux, il a aussi souffert un temps de son statut de “Instagram husband”. “Moi je kiffais le moment, mais je n'arrivais pas à le partager avec ma meuf qui était ailleurs et ne vivait pas du tout le même instant que moi”, se souvient celui qui a également dû se transformer malgré lui en photographe attitré.

Heureusement, pour sauver leurs vacances et/ou leur couple, les adeptes du “travel bragging”, comme l'ex-copine de Sylvain, disposent aujourd'hui d'une alternative. Certains hôtels proposent depuis peu les services de "social media-sitters" : des blogueurs aguerris aux réseaux sociaux qui s'occupent d'alimenter leur compte en clichés de rêve, pendant qu'ils découvrent tranquillement la destination. Preuve que le travel bragging a (malheureusement) encore de beaux jours devant lui...