Ikarie XB 1 : le film qui a inspiré 2001 : l'Odyssée de l'espace sort pour la première fois en France

Cécile Desclaux

De quoi ça parle ?

Pendant la seconde moitié du XXIIe siècle, à bord du vaisseau spatial Ikarie XB 1, un équipage se dirige vers la constellation Alpha du Centaure afin d’y trouver une nouvelle forme de vie extraterrestre. Si le voyage ne dure que 28 mois, 15 ans auront passé sur terre au moment où la mission parviendra à destination. Au cours de ce voyage, une quarantaine de scientifiques de tous pays apprennent à vivre ensemble et doivent faire face à quelques péripéties, telles que la rencontre avec un appareil spatial du XXème siècle, l’instabilité mentale d’un des passagers ou l’apparition de symptômes liés à une « étoile noire » radioactive.


Il aura fallu attendre 54 ans pour voir dans les salles françaises Ikarie XB 1. Envisagé à l'origine comme un film de propagande, il est d'abord l'occasion pour le Parti communiste de Tchécoslovaquie d'entériner les réussites spatiales soviétiques face aux États-Unis, alors en pleine Guerre froide. Le cinéma est le moyen d'affirmation de la puissance de l'URSS par excellence ; il faut donc un film grandiose et ambitieux pour cette adaptation de The Magellanic Cloud, roman de l'écrivain polonais Stanisław Lem publié en 1955. Le régime n'hésite pas à mettre le prix : ainsi, Ikarie XB 1 bénéficie d'un budget faramineux de 6 millions de couronnes, soit trois fois plus que le budget moyen d'un film tchécoslovaquie d'alors. Il coûtera au final 5 millions de couronnes.

Cette liberté financière permet toutes les audaces. En plus de rassembler les stars de l'époque, le tournage d'Ikarie XB 1 est l'occasion de faire appel à des artistes d'avant-garde, parmi lesquels quelques futurs grands noms (le peintre surréaliste Josef Istler, l'une des grandes figures de la Nouvelle Vague tchécoslovaque Ester Krumbachová...). Une certaine folie des grandeurs gagne même les équipes lorsqu'il est question des effets spéciaux ; il est un temps envisagé de tourner certaines scènes en apesanteur, à l’intérieur d’un avion à grande vitesse... Pour autant, le réalisateur Jindřich Polák tient à ce que tous les éléments du film aient une base scientifique réelle et une fonction logique. Il entreprend donc de faire des recherches sur le programme spatial soviétique sans oublier sa mission première ; la seule raison pour laquelle les astronautes ont un boîtier sur la poitrine est en effet de déstabiliser les Américains.

À sa sortie le 26 juillet 1963, Ikarie XB 1 ne trouve pas son public. L'outil de propagande rate son coup et dérange les esprits de l'époque, affirmant dans le même temps sa valeur artistique. En revanche, le succès à l'étranger est immédiat ; présenté au Festival de Trieste, il remporte le Grand Prix ex-aequo avec La Jetée de Chris Marker. Le Financial Times en parle même "comme la plus importante œuvre cinématographique de science-fiction depuis la fin de la guerre". Le film est même récupéré de l'autre côté de l'Atlantique par le producteur Samuel Z. Arkoff, qui en fait une relecture cette fois radicalement pro-américaine, sous le titre Voyage to the End of the UniverseS'il a été inspiré par Planète interdite (1957) de Fred M. Wilcox, Ikarie XB 1 est également l'une des influences indéniables de 2001 : l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick ; impossible en effet de ne pas reconnaître les couloirs du vaisseau Discovery One ou la voix glaçante de Hal 9000...

Ikarie XB 1 est à découvrir cette semaine dans les salles.

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