"Iel" dans le dictionnaire: Blanquer et Moreno pas d'accord

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POLITIQUE - Une consonne et deux voyelles, c’est le pronom... de la discorde. Une partie de la classe politique est en émoi depuis que les éditions Le Robert ont décidé d’ajouter le pronom non genré “iel” à la version en ligne de leur prestigieux dictionnaire.

Une nouveauté relevée par le député de la majorité François Jolivet, mardi 16 novembre... et critiquée, dans la foulée, par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. “Je soutiens évidemment la protestation vis-à-vis du Petit Robert. L’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française”, a ainsi écrit le pourfendeur de “l’idéologie woke”, sur les réseaux sociaux, avant que le débat ne s’impose sur les chaînes d’information.

Mais cette “protestation”, selon les mots du ministre, n’est pas partagée par tout le monde au gouvernement. Invitée de franceinfo mercredi 17 novembre au soir, Elisabeth Moreno a plutôt évoqué “un progrès” pour ceux qui souhaitent l’utiliser, tout en expliquant qu’elle ne comprenait pas trop les cris d’orfraie à ce sujet.

Je ne vois pas ce que ça enlève à ceux qui n'ont pas envie de l'utiliser.Elisabeth Moreno, ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes

“Que l’on dise que potentiellement ‘on peut dire iel parce que ça vient enrichir la langue et c’est un pronom neutre’, pourquoi c’est si choquant?”, a-t-elle d’abord répondu, comme vous pouvez le voir ci-dessous, avant de juger que l’ajout au dictionnaire constitue “un progrès pour les personnes qui ont envie de se reconnaître dans ce pronom. Et je ne vois pas ce que ça enlève à ceux qui n’ont pas envie de l’utiliser”.

Une opposition frontale à son collègue de la rue de Grenelle? Elisabeth Moreno s’en défend, malgré tout. “Si Jean-Michel Blanquer dit qu’il ne faut pas l’utiliser (le pronom ‘iel’ NDLR), au sein de l’éducation nationale, et qu’il explique que c’est pour éviter de complexifier les choses, je pense qu’il a raison”, a-t-elle ainsi expliqué, le ramenant, d’une certaine manière, à son rôle de ministre de l’Education nationale.

Le Robert muscle sa défense

Au-delà du gouvernement, la question agite également les oppositions dans un contexte de pré-campagne présidentielle. Invitée de RTL ce jeudi matin, Valérie Pécresse a dit toute sa colère quant à la décision du Robert.

“Je ne suis pas pour déconstruire la langue. Dans la langue française, le neutre, c’est le masculin”, a ainsi tranché la présidente de la région Île-de-France, candidate pour représenter LR au printemps prochain, avant de s’en prendre, elle aussi, à l’écriture inclusive: “Le vrai problème, c’est que cette écriture pseudo-inclusive, comme personne ne la parle et que personne ne sait la maîtriser, en fait, elle exclut.”

Rien de tout cela, pour l’éditeur du dictionnaire. Dans un communiqué publié mercredi, le directeur général du Robert, Charles Bimbenet, confirme l’ajout il y a “quelques semaines” de ce pronom, se défendant de tout militantisme. S’il reconnaît que l’usage de ce mot est “encore relativement faible”, il explique que “depuis quelques mois, les documentalistes” ont constaté qu’il était de plus en plus utilisé.

Et d’ajouter, avec un brin d’ironie: “N’en déplaise à certains, Le Robert n’a pas été subitement atteint de ‘wokisme’ aigu, un mot ‘non transparent’ dont nous vous promettons bientôt la définition.”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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