Mademoiselle Julie : l’amazone amoureuse

Talabot, Jean
Dans «Mademoiselle Julie» , Anna Mouglalis et Xavier Legrand s’aiment d’une passion amoureuse sans issue. / ©Franck Beloncle

CRITIQUE - Au Théâtre de l’Atelier, Anna Mouglalis est la Mademoiselle Julie  d’August Strindberg. Une tragédie amoureuse cachant un sac de nœuds socio-psychologique, bien servie par un trio d’acteurs irradiant.

Anna Mouglalis n’est pas seulement la plus belle voix du cinéma français. On la cherche aussi du regard. Ses grands yeux noirs aimantent. Une fois capté, on ne la lâche plus, traîné en laisse par la moindre de ses virevoltes, par sa plus minime inflexion.

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D’autant que ses compagnons (Xavier Legrand et Julie Brochen, dans une mise en scène de cette dernière) s’effacent volontiers devant elle, rivalisant de justesse froide là où elle verse (et joue avec) le feu. Dans le rôle de Jean et Kristin, domestiques de la maison du père de Julie, ils lui chauffent la scène. Tout se dit en cuisine. Mademoiselle est folle. Belle. Inconséquente. Elle vient de rompre ses fiançailles. Elle danse avec n’importe qui. Des chansons paillardes portent son nom… Chacun doit respecter son rang, s’indignent les laquets. Elle ne semble avoir aucune conscience de sa position d’aristocrate.

Mensonge d’une nuit d’été

Suffit! L’intéressée peut surgir à tout moment. Au loin (belle scénographie de Lorenzo Albani, qui se prolonge dans les profondeurs du plateau), sa silhouette filiforme se dessine. Mademoiselle cherche un cavalier. Elle titille Jean, gêné comme tout. Jusqu’à ce que sa femme s’endorme. Elle est la bête et lui la proie. À la veille de la Saint-Jean, l’ambiance est à la fête. Le jeu de séduction dérape. Dans la nuit, quelques heures passent. Ils s’aiment.

Jean, le serviteur, n’a rien du rustre. Il est brillant. Et d’autant plus cruel qu’il semblait droit comme la justice. Ce n’est pas la morale qui l’étouffe, plutôt la conscience aiguë d’une lutte des classes dormante. Sa femme est plus choquée de la dépravation de sa maîtresse que de l’adultère.

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