Un humanoïde dans les abysses

FREDERIC OSADA/DRASSM/STANFORD

Un robot a plongé cet été au large de la Corse à des profondeurs inaccessibles aux chercheurs. Sa mission : explorer des épaves menacées par le chalutage, mais aussi mieux comprendre les coraux abyssaux.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°907, daté septembre 2022.

Retour en Corse pour Ocean One K en ce début de juillet. Au large d'Aléria, le robot humanoïde de 2 mètres de long a d'abord exploré une épave romaine par 330 mètres de fond, où ses mains aux doigts articulés ont pu prélever délicatement des lampes à huile qui gisaient dans les sédiments marins. Les plongées suivantes l'ont ramené sur l'épave du Francesco-Crispi, déjà explorée en février.

Retrouvé en 2015, ce paquebot avait été coulé en 1943 par un sous-marin anglais avec 900 soldats italiens à son bord. Aujourd'hui, "l'épave trône en majesté par 500 mètres de fond, décrit Michel L'Hour, ancien directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm). Si ses derniers voyages ont été militaires, on ne voit plus maintenant qu'un navire conçu dans les années 1920 pour l'agrément, avec ses grands hublots, ses ponts, ses coursives. C'est aussi une montagne de ferraille dévorée par les bactéries et couverte de superbes coraux qui forment par endroits des massifs immenses. "

Découvrir ces coraux abyssaux méconnus était l'un des objectifs de cette mission (voir encadré à la fin de cet article). Ainsi, pendant qu'Ocean One K se faufilait dans les coursives du pont supérieur avec une perche d'éclairage pour aller filmer le grand salon du navire, un autre robot nommé Arthur était chargé de prélever avec une pince des échantillons de ces récifs, une première pour l'engin à cette profondeur. "Nous avons travaillé avec trois robots en même temps, raconte Michel L'Hour. Ce qui était inimaginable il y a encore peu de temps est en train de devenir une routine. "

Des yeux-caméras et des bras équipés de gants tactiles

Cette révolution dans l'exploration des épaves et des environnements des grandes profondeurs, Michel L'Hour l'appelle de ses vœux dès 2006, alors qu'il vient d'être nommé à la tête du Drassm. Depuis le début de sa carrière dans les années[...]

Lire la suite sur sciencesetavenir.fr

A lire aussi