Les humains pratiquaient-ils déjà la physique au Néolithique ?

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Que savaient les humains du Néolithique des procédés de transformation de la matière ?

Cet article est issu du magazine Les Indispensables de Sciences et Avenir n°212 daté janvier/ mars 2023.

"Les humains du Néolithique avaient le même cerveau que nous, ils n'étaient pas plus bêtes !", rappelle l'archéologue Jean-Paul Demoule. Pour autant, qu'en est-il de leur connaissance des procédés de transformation de la matière ? Certes, ils ont maîtrisé la poterie (600 °C) dès 18.000 avant notre ère en Chine, avant de savoir, treize siècles plus tard, fondre le cuivre et le bronze (plus de 1.000 °C) au Moyen-Orient, puis le fer (plus de 1.500 °C).

"On ne connaît pas exactement les techniques utilisées"

"Mais on ne connaît pas exactement les techniques utilisées, faute de traces écrites, regrette Patrick Hairy, expert métallurgiste. Les objets du quotidien ont pour la plupart disparu, et seules quelques pièces haut de gamme, des bijoux en particulier, sont parvenues jusqu'à nous. La qualité de ces vestiges indique que les humains d'alors avaient sans doute constaté, par exemple, les piètres propriétés mécaniques de l'or pur, et compris qu'en le mélangeant à de l'argent et du cuivre, on abaisse sa température de fusion."

Une fausse représentation des phénomènes

Par ailleurs, pour aviver les braises et obtenir dans les fours des niveaux de chaleur très élevés, ils utilisaient des soufflets, probablement en peau de chèvre. En avaient-ils déduit un lien entre cet apport d'air et la combustion ? Non, d'après le spécialiste. Car ils avaient probablement une fausse représentation des phénomènes.

"La mythologie devait être très présente dans la pratique de la métallurgie", estime Patrick Hairy. "Toutes ces opérations s'accompagnaient de rituels , confirme Jean-Paul Demoule. Car dans toutes les mythologies du monde, le forgeron est un personnage très particulier, souvent doué de pouvoirs magiques et bénéficiant d'une certaine aura." Au Néolithique, l'évolution des techniques de métallurgie est donc expérimentale, relevant de l'essai erreur.

Par Léna Hespel

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