hors-service

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«Je suis bien trop jeune pour savoir qui j’ai été», dit le jeune Arthur à Jacques. Au lexème près, cette phrase reçue avec ivresse dans une salle de cinéma à Bastille-Plage. Nous ne livrerons pas ici une impression superfétatoire du Plaire, aimer et courir vite (en compétition officielle à Cannes) de Christophe Honoré - déjà évoqué au détour d’un papier rédigé il y a une semaine par quatre mains jointes et couvertes de cocktail larmes-prosecco. Hors-Service s’est pourtant retrouvé tout autant lacrymalement liquéfié un tiède soir de mai après avoir eu l’idée de découvrir seul (et le bras enfoui dans un cornet XXXXL de pop-corn) ce beau morceau d’épure et d’amour face à l’imminent dernier sommeil. Il était tout à fait désespérant en revanche - il faut le dire - d’être tiré de cette nuit agréablement solitaire au sortir (titubant) de la salle par un monstrueux «le film avait ses longueurs», nous rappelant ô combien une émotion forte portée comme un imper perméable peut vous être ainsi volée en pleine rue par un jugement malplaisant émis aux quatre vents. Dans quelle impatience sommes-nous tombés aujourd’hui pour vouloir tourner nous-mêmes si vite les pages de ce récit transmis avec une humble fragilité et dans ce temps savamment compté ? Le Festival carbure au Guronsan (et autres stupéfiants), la vie fait son petit sprint haletant, et lorsqu’une émotion prend le temps de se raconter, on hérisse le poil. Or, même vu avec retard et à Paris, Plaire, aimer et courir vite, en éclat de cinéma encore trop court, semble montrer ce que nous ne voulons plus ces derniers temps nous avouer dans le tumulte d’un temps urgent : il est possible de prendre les secondes par le cou pour ainsi aimer, plaire, baiser sans retenue.

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