Hong Kong: une semaine après les élections, le mouvement se remet en marche

Après une accalmie de quelques jours, les manifestants de Hong Kong étaient appelés à redescendre dans la rue ce dimanche 1er décembre, une semaine après l'écrasante victoire des pro-démocratie aux élections locales.

Le camp pro-démocratie estime n’avoir pas eu de réponse au vote de dimanche dernier, des élections de district qu'il a largement remportées. Il entend fédérer un maximum de soutiens lors de la manifestation pacifique du jour.

Comme en juin et en août derniers, les poussettes et les familles sont attendues à Tsim Sha Tsoi, relate notre correspondant dans la région, Stéphane Lagarde. Les retraités également, qui sont ressortis dès samedi dans les rues aux côtés des jeunes protestataires.

La marche se tient dans le quartier de l’université polytechnique (PolyU), occupée pendant plus de deux semaines. Elle est légale, la police ayant émis une « lettre de non objection » pour trois rassemblements, tout en appelant les participants, qui ont prévu de converger en direction du consulat américain, à rester pacifiques.

« S’il vous plaît, essayez de vous retenir pendant la manifestation. Soyez à 100% rationnels et non violents », exhorte également le réseau LIHKJ, plateforme de partage d’informations du mouvement.

Violences dans le quartier populaire hongkongais de Mong Kog

L'objectif est de rappeler les cinq revendications principales du mouvement, dont l’abandon des poursuites judiciaires contre les protestataires, la démission de la cheffe de l’exécutif, le suffrage universel ou encore une commission d’enquête indépendante sur les violences policières.

Car pour l’instant, encore une fois, les vainqueurs des élections de dimanche attendent toujours une réponse des autorités locales. L’exécutif hongkongais, toujours dirigé par Carrie Lam, a simplement évoqué la mise en place prochainement d’une commission indépendante sur l’origine de la crise.

Dans la nuit de samedi à dimanche, dans le quartier populaire de Mong Kog, des manifestants ont bloqué des routes et la police a fait usage de gaz lacrymogènes, pour la première fois depuis le scrutin, souligne l'Agence France-Presse.

Sur le continent, les médias chinois n’ont pas donné les résultats

Dimanche, une vidéo circulait sur internet montrant un manifestant agresser brutalement un homme qui essayait de dégager une barricade, ajoute l'AFP. Dans cette séquence filmée, la victime ensanglantée trébuche avant de s'effondrer après avoir été frappée à la tête avec un lourd objet.

« Cela aurait pu le tuer », a fait valoir à la radio le chef de la police hongkongaise, Chris Tang Ping-keung, indiquant que les faits s'étaient produits samedi soir à Mong Kok. Des sources policières de l'agence ajoutent qu'une enquête est en cours.

L'état de santé de la victime n'est pas connu. Les autorités hospitalières ont indiqué que trois personnes ont été conduites à l'hôpital samedi soir, après avoir été blessées lors de manifestations. L'une est ressortie et les deux autres se trouvent dans un état stable.

Sur le continent, les médias chinois n’ont toujours pas donné les résultats des élections. La propagande d'État continue de pointer du doigt les forces hostiles de l'étranger, à l’image de cette affiche du Quotidien du peuple représentant une main ensanglantée aux couleurs du drapeau des États-Unis, qui soutiennent le mouvement.

La Chilienne Michelle Bachelet accusée d'interférer à Hong Kong

Fermeté également dans le ton de la diplomatie chinoise, accusant toute prise de positon sur Hong Kong d'« interférence extérieure » dans les affaires de la Chine.

Soutenir le mouvement est désormais répréhensible, y compris pour les étrangers en Chine. Selon le journal officiel du Parti communiste de Guangdong, un ressortissant du Belize a été arrêté pour un supposé complot avec des personnes aux États-Unis dans le but d'interférer dans les affaires de Hong Kong.

La Chine accuse aussi la cheffe de mission pour les droits de l’homme à l’ONU d’interférer dans les affaires de sa région administrative spéciale. Michelle Bachelet avait exhorté l’exécutif hongkongais à mener « une enquête impartiale sur les informations faisant état d’un recours excessif à la force par la police ».

Le mouvement pro-démocratie a débuté en juin en rejet d'un projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale. Celui-ci a depuis été suspendu, mais les manifestants ont élargi leurs revendications.

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