Un homme sur trois se sent "très masculin", contre une femme sur quatre "très féminine"

Les femmes sont moins à se dire
Les femmes sont moins à se dire

Les hommes moins enclins que les femmes à se distancier de leur genre? Selon une étude de l'Institut national d'études démographiques publiée mercredi, 30% d'entre eux disent se sentir "très masculins" alors que seulement 23% des femmes se disent "très féminines". De même, près d'une femme sur 10 dit se sentir "pas très féminine" contre seulement environ un homme sur 50 "pas très masculin". L'étude ne prend pas en compte les personnes non-binaires.

L'étude se base sur des données collectées lors de l'enquête téléphonique Violences et rapports de genre (Virage) portant sur les violences interpersonnelles subies dans les douze derniers mois et au cours de la vie. Plus de 27.000 personnes ont ainsi été interrogées.

Influence de l'orientation sexuelle, du métier ou du poids

Parmi les personnes se disant hommes ou femmes, le rapport à la masculinité ou la féminité diffère selon des critères variés tels que la corpulence, la catégorie socioprofessionnelle, le plus haut diplôme obtenu ou encore l'orientation sexuelle.

Chez les femmes, celles qui se disent "très féminines" sont plutôt les femmes qui estiment avoir un "poids normal" (25%) (par opposition à celles qui s'estiment en sous-poids (21% se disent "très féminines" ou en sous-poids (20%), ou qui déclarent être enceintes (17%)). Sur le volet de l'orientation sexuelle, les femmes qui sont les moins nombreuses à se sentir " très féminines" sont les femmes lesbiennes (4%) suivies des femmes bisexuelles (22%) et des femmes hétérosexuelles (23,5%).

De même, les femmes qui affirment cette féminité exacerbée sont plus souvent diplômée du bac (25%) ou alors sans diplôme (24,5%) et appartenant à la catégorie socioprofessionnelle "Artisan, commerçante, cheffe d'entreprise" (25%) et "retraitée". Les titulaires de diplômes inférieurs ou supérieurs au bac sont moins nombreuses à se dire "très féminines", avec une sous-représentation des femmes disposant d'un niveau master ou doctorat (18%), de même que des femmes cadres (20%), ouvrières (19%) et agricultrices (17%).

Du côté des hommes, ceux qui disent le plus se sentir "très masculins" sont ceux qui rapportent la corpulence la plus forte: 20% des hommes en "sous-poids" contre 28% des hommes rapportant un "poids normal", et 34% des hommes "en surpoids ou obèse". Pour l'orientation sexuelle, même rapport que chez les femmes: les hommes homosexuels sont seulement 12% à se sentir "très masculin" contre 31% des hommes hétérosexuels. Ce sont toutefois les hommes bisexuels qui expriment le plus souvent le fait de se sentir "très masculins" (33%).

L'étude des diplômes montre une coïncidence forte entre faible niveau de diplôme et masculinité exacerbée. Alors que les hommes sans qualification sont 34% à se sentir "très masculins", les hommes ayant un master ou un doctorat ne sont que 20% à le dire, avec une diminution du sentiment à mesure que le niveau de diplôme augmente.

Les catégories socioprofessionnelles comportant le plus d'hommes se disant "très masculins" sont enfin les ouvriers (35%), les agriculteurs (34%), suivis des employés et des retraités (tous deux à 32%). Parmi ceux qui le disent le moins: les cadres (25%) et les artisans/commerçants/chefs d'entreprises (27%).

Le genre féminin, une catégorie "discréditée"

Pour analyser ces données, Mathieu Trachman, auteur de l'étude et chargé de recherche à l'Ined, présente plusieurs clés de compréhension produites par la sociologie. Sur le fait que les femmes soient, au global, moins à se dire "très féminines" par rapport aux hommes se disant "très masculins", l'auteur de l'étude pointe la différente valorisation de ces deux genres.

"Les variations du genre selon le sexe reflètent sans aucun doute une dévalorisation du féminin par rapport au masculin: les hommes s’identifient plus volontiers à une catégorie socialement valorisée, les femmes prennent leur distance vis-à-vis d’une catégorie discréditée", écrit Mathieu Trachman.

Il note par ailleurs que les personnes dont l'expression de genre est la plus exacerbée sont celles qui correspondent le plus aux stéréotypes de la société.

Le fait par exemple que les métiers manuels (ouvriers, agriculteurs) soient ceux où les hommes se sentent le plus masculins et que les femmes qui les pratiquent sont celles qui affirment le moins le sentiment de féminité, "on enregistre sans doute (...) la dimension genrée de certains métiers, associés à la fois au masculin et aux classes populaires", explique notamment Mathieu Trachman.

De même, pour les personnes homosexuelles et lesbiennes, "le désir pour les personnes de même sexe a été historiquement constitué comme une inversion de genre, représentation qui a contribué à diffuser les figures de la lesbienne masculine et du gay efféminé dans l’espace social", écrit Mathieu Trachman.

Article original publié sur BFMTV.com