HOMMAGE. Quand Yves Coppens racontait une vie bien remplie à Sciences et Avenir

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Globe-trotter infatigable, homme d’intuition et grand conteur, le paléoanthropologue est décédé à l'âge de 87 ans. Passionné par les mammouths, il est le codécouvreur de l’australopithèque Lucy. Il a aussi mis en lumière la façon dont le climat a influencé notre évolution. Retour sur une vie exaltante à l’occasion de la publication du premier tome de ses mémoires en 2018 chez Odile Jacob.

Le paléoanthropologue du Collège de France Yves Coppens est décédé à l'âge de 87 ans, le 22 juin 2022 à Paris. A cette triste occasion, nous republions l'entretien qu'il nous avait donné en 2018 lors de la sortie de ses mémoires, un texte initialement publié dans le numéro 852 du mensuel Sciences et Avenir.

Quand Yves Coppens était surnommé « Coco le fossile »

Sciences et Avenir : Comment avez-vous contracté « l’archéologite », cette passion pour l’archéologie et la préhistoire ?

Yves Coppens : J’étais fasciné par les menhirs, les vestiges gallo-romains qui m’entouraient en Bretagne. Tout jeune, je léchais les vitrines des musées et des sociétés savantes, comme la Société polymathique du Morbihan qui m’a ouvert sa bibliothèque, à Vannes, dès mes 10 ans, en 1944. Ma première fouille avec l’un de ses membres, cette même année, a été une révélation. Je n’ai cessé dès lors de courir les landes bretonnes pour chercher des bouts de caillou et de poterie. Pour mes camarades de classe, je suis devenu « Coco le fossile ».

Vous racontez avoir engagé votre première controverse scientifique à 14 ans. De quoi s’agissait-il ?

J’avais mis au jour des petits fours à augets (godets de terre cuite) servant à évaporer l’eau de mer pour en extraire le sel. Pour moi cette industrie était gauloise alors que pour mes aînés, elle était un apport romain, une telle technique n’ayant pu être maîtrisée par les « malheureux indigènes ». J’ai tenu bon avec arrogance devant leur condescendance ! Mon père, physicien, nous a départagés avec des datations au carbone 14 : 377 avant J.-C., soit bien avant que Jules César ne batte les Vénètes [qui ont donné leur nom à la ville de Vannes] en 56 avant. J.-C. J’ai jubilé ! J’étais alors très chauvin.

Quelle a été votre première émotion de chercheur à 20 ans ?

Étudiant à Rennes, je fouillais pendant toutes mes vacances. Un jour, avec la direction des Antiquités préhistoriques, nous nous sommes attaqués à une butte sur l’île de Carn (Finistère). Nous avons [...]

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