Histoire des sciences : contre les mythes, l'éclosion de la raison

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À partir du 7e siècle avant notre ère, en Grèce, des esprits audacieux s'affranchissent des interprétations mythologiques du monde pour bâtir des théories expliquant les phénomènes naturels par des causes... naturelles. Parmi eux, Aristote, dont la pensée régnera sur l'Occident pendant près de deux millénaires.

Cet article est issu du magazine Les Indispensables de Sciences et Avenir n°212 daté janvier/ mars 2023.

Le mot "science" a une histoire, on ne peut l'ignorer. Le philosophe et historien des sciences Michel Blay le rappelle : "La science des Grecs est gouvernée par l'aspiration à contempler les idées du beau et du bien à travers les apparences sensibles ; elle est ainsi inséparable d'une conception éthique du travail de connaissance." Ainsi, pour Aristote, la recherche physique participe de la vie contemplative, qui mobilise la partie supérieure - raisonnante - de l'âme, essentielle au bonheur.

La science antique n'a donc pas grand-chose à voir avec la science d'aujourd'hui, que ce soit dans son organisation économique et politique ou ses méthodes. Quant au terme de physis des anciens, ajoute Michel Blay, "il a un rapport pratiquement nul avec le mot physique d'aujourd'hui. La physis des Grecs est la nature, en tant qu'elle croît. Elle comporte un principe de force concret et vivant, un principe de développement qui n'est pas mathématisable. "

Pour mathématiser les phénomènes, il faudra transformer l'idée de nature. Ce qui ne sera fait qu'au 17e siècle… Mais qu'ont donc apporté les Grecs qui les fait reconnaître comme les pères d'un "miracle" scientifique aussi bien que politique ou artistique ? Ils ont tout simplement opéré une révolution dans le mode de pensée. Dès le 7e siècle av. J.-C., la compréhension des phénomènes prend un tournant résolument rationnel avec les "physiologues" d'Ionie, dans l'ouest de l'Asie mineure, notamment de la ville de Milet.

"Là, il se passe quelque chose qui n'a plus à voir avec la période antérieure, celle du mythe", explique Michel Blay. En racontant l'histoire du monde ou la naissance des dieux, en cherchant à expliquer la place des humains, le mythe donne la raison des choses et, de ce fait, comporte une certaine rationalité. Mais ces éléments d'explication sont figés, rendant compte des phénomènes non par des principes naturels, [...]

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