Hidalgo met de la distance avec ses alliés écologistes, ils dénoncent une attaque "indigne"

Alicia Foricher avec AFP
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La maire de Paris Anne Hidalgo à Paris, le 11 novembre 2020 - Ludovic MARIN © 2019 AFP
La maire de Paris Anne Hidalgo à Paris, le 11 novembre 2020 - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Cinq mois après la large réélection d'Anne Hidalgo à la mairie de Paris, le temps ne semble plus être au beau fixe au sein de l'exécutif parisien. En cause, plusieurs polémiques entre l'édile socialiste et ses alliés d'Europe Écologie - Les Verts (EELV). Des tensions qui ont trouvé leur climax ce samedi quand la maire de Paris, invitée de Ruth Elkrief, le rendez-vous sur notre antenne, a porté un coup dur aux élus écologistes de la capitale.

Dans notre entretien, la figure du Parti socialiste est revenue sur un événement qui s'est déroulé mardi dernier au conseil de Paris, alors que les socialistes soumettent un voeu proposant de nommer un lieu parisien en hommage à Samuel Paty. L'ensemble des groupes politiques sont favorables mais l'élue EELV Fatoumata Koné, présidente du groupe des élus écologistes, intervient pour expliquer que cette décision est contraire à une règle du conseil de Paris. En théorie, un nom de rue ou de place ne peut être attribué moins de cinq ans après le décès de la personne concernée.

"Un problème de rapport à la République"

Cette intervention passe mal. Face à Ruth Elkrief quelques jours plus tard, Anne Hidalgo regrette qu'un événement comme l'assassinat du professeur ne permette pas à l'ensemble des élus de se retrouver.

"Je leur dis, moi j'ai un problème c'est votre rapport à la République. Ce problème de rapport à la République il doit être clarifié", affirme la maire de Paris sur BFMTV.

Quelques heures plus tard, le groupe EELV au Conseil de Paris qualifie de "fake news" les propos d'Anne Hidalgo, qui juge "choquant" que quelques élus Verts n'aient pas voté mardi pour qu'un lieu porte le nom de l'enseignant décapité Samuel Paty. Pourtant les écologistes ont en majorité voté en faveur de la proposition.

"Mme la Maire, vous connaissez la vérité à savoir que les écologistes ont voté ce vœu. C'est tout simplement indigne et irresponsable!" juge Fatoumata Koné sur Twitter.

David Belliard, écologiste et actuel adjoint à la mairie à la Transformation de l’espace public et des transports, explique qu'ils n'ont "de leçons à recevoir de personne".

Des réactions nationales

Ces mots ont suscité des réactions courroucées bien au-delà des élus verts de la capitale.

"Le rapport d'EELV à la République doit être clarifié? Les libertés publiques sont attaquées, les services publics exsangues, la convention citoyenne et la COP21 méprisées: le seul responsable est à l'Elysée", a cinglé sur Twitter le maire EELV de Grenoble Eric Piolle.

L'ancienne candidate LR aux municipales à Paris Rachida Dati a elle raillé sur Twitter l'alliance d'Anne Hidalgo avec les Verts qui "avait comme unique but de se faire élire, et maintenant elle leur marche dessus sans vergogne".

Un "constat" jugé "tristement lucide", et partagé, par l'eurodéputé Verts David Cormand. "Anne Hidalgo tente de faire passer les vessies du mensonge au service de calculs politiciens pour les lanternes de la défense des valeurs Républicaines... Tout simplement indigne", a-t-il ajouté, dans un tweet.

Pas la première crise

Cette prise de distance entre la figure socialiste et ses partenaires écologistes ne s'explique pas uniquement autour de l'épisode de mardi dernier. Ce n'est en effet pas la première fois que la situation se tend entre les deux clans: cet été notamment, plusieurs élus EELV, dont la conseillère municipale Alice Coffin, ont réclamé le départ du maire-adjoint à la Culture, Christophe Girard, pour ses liens avec Gabriel Matzneff, accusé de pédophilie et visé par une enquête pour viols sur mineurs.

La maire de Paris a alors été très critiquée par ses collègues EELV, car pendant plusieurs semaines elle a montré son soutien à Christophe Girard. Ce dernier a finalement démissionné de son poste fin juillet, avant d'être visé par une enquête pour viol en août.

Nouvelle illustration que leur bonne entente a pris du plomb dans l'aile, Anne Hidalgo a tenu à bien se démarquer, toujours dans son entretien avec Ruth Elkrief, avec certaines valeurs portées par des élus écologistes.

"J’ai toujours été attachée aux valeurs universelles portées par la République française", a-t-elle déclaré. "Je n’ai jamais été pour le relativisme culturel d'un certain nombre de personnes qui considèrent qu'il n'y a pas de valeurs universelles", a-t-elle insisté.

Article original publié sur BFMTV.com